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Par
Michel Diricq.
D'après "Les Petites Affiches", publications
du 30/06/1993, 29/06/1994, 12/07/1995, 08/07/1996, 09/07/1997,
20/07/98 et 09/08/1999. |
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Notes
sur les comptes de TOTALFINA en Birmanie |
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Un journal d'annonces légales
français, Les Petites Affiches, a publié, le 9 août
1999, les comptes de trois filiales de TOTALFINA en Birmanie: Total
Myanmar Exploration and Production (ci-après TMEP), Total Myanmar
Power and Fertilizers (TMPF) et Total Profils Pétroliers (TPP).
TMEP est la société en charge de l'exploration gazière
et de la construction du gazoduc vers la Thaïlande, TPP "gère"
le gazoduc construit par TMEP; c'est par exemple cette société
qui paie les primes d'assurances. Enfin TMPF a la responsabilité
d'un autre projet officiellement stoppé, le "Projet 3
en 1", dont l'objet était la construction (et sans doute
la gestion), à la fois, d'un autre gazoduc vers Rangoon, d'une
usine d'engrais sur la côte birmane où débouche
le gazoduc off-shore et d'une unité de production d'énergie
pour cette usine.
Avec l'argent de Total
Le fait le plus important est certainement que cette publication apporte
la preuve que Total a avancé l'argent à ses partenaires
birmans. Les comptes de TMEP portent la mention, en 1992, 1993
et 1994, d'une ligne "Avance à MOGE", celle-ci étant
la compagnie d'état pétrolière birmane, Myanmar
Oil and Gas Entreprise. Total agit peut être souvent ainsi lorsqu'elle
est l'opérateur principal des projets s auxquels elle participe,
mais on ne peut s'empêcher de remarquer que, dans le cas du
projet Yadana, c'est à des partenaires coupables de travail
forcé, de déplacements de population, de production
et de trafic de drogues que TOTAL a avancé de l'argent, en
toute connaissance de cause, et il ne s'agit donc pas d'un projet
comme les autres. |
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| Années |
1992 |
1993 |
1994 |
| Avance
à MOGE (FRF) |
34.696.693,44 |
112.287.943,14 |
143.480.979,12 |
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| En 1995, la mention "Avance à
MOGE" disparaît mais le compte "Travaux financés
pour le compte de tiers", autre appellation de ce compte en 1992,
1993 et 1994, demeure, tout comme les années suivantes jusqu'en
1998. |
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| Années |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
| Travaux
financés pour le compte de tiers (FRF) |
34.696.693 |
112.287.943,14 |
143.480.979 |
199.308.293 |
365.512.648 |
744.992.362 |
916.375.948 |
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Certains analystes se sont déjà
plusieurs fois demandés d'où venaient l'argent des Birmans
(rappelons que la MOGE possède 15% environ de la joint venture).
Face aux refus de la société TOTALFINA de communiquer
sur ce point précis, trois sources de financement possibles
ont été prêtées à la MOGE : l'argent
de TOTAL, l'argent de la drogue ou des fonds japonais qui auraient
été amenés par le groupe japonais MITSUI. On
sait en effet que la Banque mondiale a refusé d'accorder, en
1991, un crédit demandé pour le projet par la compagnie
d'état thaïlandaise PTTEP. Un article publié par
le Financial Times, le 4 avril 1991, (cf. le rapport sur le travail
forcé du Ministère du Travail des Etats Unis de 1998)
rapporte que la Banque Mondiale reprochait alors à PTTEP, non
seulement de faire le jeu de la junte de Rangoon, mais elle remarquait
aussi que le gazoduc allait traverser une zone de guérilla,
conseillant aux opérateurs d'en modifier le tracé; un
conseil resté lettre morte.
La compagnie TOTALFINA va devoir s'expliq uer car, plus que jamais,
on est en droit de se demander si le projet Yadana aurait vu le jour
sans l'argent de TOTAL. Chacun sait que le manque de ressources légales
est tel en Birmanie que la junte a plusieurs fois fermé les
frontières pour stopper toute importation. Le prochain rapport
de la mission parlementaire française nous dira peut être
si les dirigeants de TOTALFINA ont donné des explications sur
ce point.
Une énorme dette
Le projet de TOTAL est aujourd'hui une énorme dette qui sera
remboursée, d'après ce que nous en disent les annexes
des comptes, avec la vente du gaz. D'après les comptes, les
trois filiales sont financées par la maison mère TOTAL
S.A et sa filiale TOTAL FINANCE. |
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| Années |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
| Dettes
financières de TMEP (FRF) |
98 |
154 |
189 |
257 |
422 |
868 |
1.123 |
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| On peut avoir une idée du coût
de cet endettement en regardant par exemple quelles sont les charges
financières de TOTAL POFILS PETROLIERS. |
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| Années |
1996 |
1997 |
1998 |
| Autres
charges financi¸res de TPP (FRF) |
6.958.554,41 |
39.126.046,77 |
63.547.692,55 |
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Les trois filiales sont endettées
et TOTAL MYANMAR POWER & FERTILERS également, alors que le
projet "3 en 1" est officiellement bloqué depuis
plusieurs années. D'après les annexes des comptes de
cette société, c'est une dette de près de 75
millions de Francs qu'il pèse déjà sur ce projet
car les comptes publiés de TMPF ne représentent que
le tiers du budget de la joint venture. La dette de TMPF proviendrait
essentiellement du paiement des titres de participation dans la joint
venture et il serait intéressant de savoir à quoi a
déjà été consacré cet argent.
Premier Oil et l'argent
On sait que dans le cas du projet d'exploration du gisement de Yetagun,
Premier Oil a, tout comme TOTAL, avancé de l'argent à
la MOGE mais elle a déjà encaissé des remboursements
en cash, par exemple en janvier 1999 : c'était avant le début
de la commercialisation du gaz et l'on peut donc se demander d'où
venait l'argent.
Source: "Premier Oil report & accountings 1998"
"Notes to the accounts for the year to 31 December 1998, p. 54"
"25 Post balance sheet events
a) Arrangements for the funding of the Company's development commitments
in Myanmar were concluded in March 1999. This financing will provide
all of Premier's share of the estimated costs of the development which
is expected to be finished in early 2000. Completion results in Premier
receiving £77 million, of which £56 million relates to
expenditure incurred prior to 31 December 1998. This expenditure was
classified as fixed assets at 31 December 1998. The remaining estimated
development expenditure will be financed by additional drawings under
the facility. The financing is secured on the assets of Premier Petroleum
Myanmar Limited (PPML) the Company's subsidiary in Myanmar, and on
a parent company guarantee of $10 million covering cost overruns prior
to the completion of the development stage. The funding is by way
of discounted zero coupon bonds with an interest accrual rate equivalent
to LIBOR plus 550 basis points and has been raised by a joint venture
company. In addition, the Company has agreed changes to the convenants
and to the terms of the Senior Notes and the Corporate Credit Facility
which are likely to increase net interest cost by around £1.2 million
in a full year.
b) On 31 January 1999 the Myanmar Oil and Gas Enterprise exercised
its right to acquire a 15% share to the Yetagun development. This
resulted in a cash receipt by Premier of £17.3 million, being
a reimbursement of costs already incurred since the beginning of the
development phase."
Premier Oil n'a pas les moyens de TOTALFINA et, pour payer ses pertes
et ses dettes ; elle est à présent amenée à
donner une minorité de contrôle dans son actionnariat
à deux sociétés pétrolières : PETRONAS
de Malaisie (partenaire du projet Yetagun) et AMERADA HESS des Etats-Unis.
Un article récent du Financial Times analyse aussi cette évolution
du capital de PREMIER Oil comme un mouvement stratégique de
PETRONAS pour s'offrir une cotation à la Bourse de Londres
(cf. FT, du 5 octobre 99).
Pas de provision pour risques
Très curieusement, on peut voir dans les comptes 1998 que les
filiales birmanes de TOTAL n'ont passé aucune provision pour
risques (3,8 millions pour les trois sociétés en 1997).
Rappelons que les Birmans ne veulent pas de ce projet, que celui-ci
a déjà connu quelques attaques au mortier, que les Thaïlandais,
uniques clients, traversent une crise financière aiguë,
qu'un des partenaires du projet est en ce moment jugé par la
Cour de Californie, notamment pour crimes contre l'humanité,
et que TOTALFINA est obligée de traiter avec le SPDC: n'est-ce
pas précisément ce que l'on appelle un projet risqué?
Passer des provisions pour risques auraient augmenté d'autant
les pertes des filiales de TOTAL, pertes qui se seraient répercutées
négativement sur le résultat d'ensemble du groupe TOTAL.
La société TOTAL PROFILS PETROLIERS a payé environ
10 millions de francs de charges d'assurance en 1998: n'est-ce pas
une autre preuve des risques du projet? Comme l'ont dit cette année
les responsables d'ELF AQUITAINE, aux cours des opérations
boursières impliquant TOTAL, les comptes faits par TOTAL donnent
une vision trop positive de la situation financière de ce groupe.
Aura-t-on plus d'information?
On sait de sources birmane et thaïlandaise que les bataillons
de l'armée birmane en charge de la sécurité du
gazoduc auraient touché des millions de kyats de la part de
TOTAL. Les comptes présentés ici ne donnent aucune information
sur ce point. Si l'argent provient effectivement d'une des filiales
dont on présente ici les comptes, sans doute cela est-il comptabilisé
dans les "Services externes" ou dans "Autres services
externes". Mais la maison mère, TOTAL S.A, a pu tout aussi
bien financer elle-même ce type de prestation, comme elle a
géré elle-même le recrutement du personnel birman;
rien que sur ce point, il serait intéressant de connaître
le détail des comptes "birmans" de TOTAL S.A.
A quelle vitesse la junte va-t-elle rembourser TOTAL? Voilà
enfin ce que l'on voudrait bien savoir, car tout le monde sait déjà
que, en l'absence de dialogue avec les démocrates du pays,
une bonne partie de l'argent encaissée à Rangoon servira
à acheter des armes. Quant au blanchiment de l'argent de la
drogue, on sait que c'est un phénomène que TOTAL ne
peut pas maîtriser et il suffit de lire le livre de Francis
Christophe, "Birmanie la dictature du pavot" pour savoir
ce que sont devenus les 15 millions de dollars payés par TOTAL
pour l'achat des informations géologiques. |

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