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En se retirant du pays en 1992,
la multinationale Levi-Strauss indiquait que "vu les
circonstances actuelles, il n'est pas possible de faire des affaires
au Myanmar sans soutenir directement le gouvernement militaire et
sa politique systématique de violation des droits de l'homme"
Cité par G. Millman in "Troubling projects", Infrastructure
Finance, fév./mars 1996. |
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"Il existe des cas où
les sanctions économiques, appliquées de façon
appropriées (
) peuvent être très utiles
(
). Je suis favorable à des sanctions efficaces [contre
le SLORC]."
Mickey Kantor, Secrétaire d'Etat
au commerce des Etats-Unis d'Amérique Reuters, 28.06.1996. |
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"Il est temps aujourd'hui d'admettre
que la politique de l'engagement constructif avec le SLORC est un
échec (
). La pression internationale peut faire changer
les choses. Ce furent des sanctions dures qui amenèrent finalement
(
) l'aube d'une ère nouvelle dans mon pays. C'est là
le langage qu'il convient de parler avec les tyrans, car c'est là,
hélas, le seul qu'ils comprennent."
Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix 1984"Burma
as South Africa" in Far Eastern Economic Review, 16.09 1993 |
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"Je voudrais en
appeler à ceux qui sont prêts à utiliser leurs
talents pour promouvoir la liberté intellectuelle et les idéaux
humanitaires, afin que, sur le principe, ils prennent position contre
les entreprises qui font des affaires avec le régime militaire
birman. Que votre liberté puisse servir la nôtre."
Aung San Suu Kyi,
Prix Nobel de la Paix 1991 (1) |
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| Le
texte de l'Appel à la Consommation Responsable |
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La
Birmanie, rebaptisée Myanmar par la junte militaire au
pouvoir:
un concentré de crimes internationaux |
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Cela fait plus de dix ans que cela dure.
Plus de dix ans que le peuple birman est la
victime quotidienne de l'un des régimes militaires les plus
barbares de la planète. Pire qu'une démocratie
bafouée, il s'agit d'un véritable concentré de
crimes internationaux : cela commence par le massacre, en 1988, de
milliers de manifestants, étudiants et moines bouddhistes qui
demandaient seulement démocratie et liberté d'expression,
une sorte de Tien An Men avant l'heure dont quasiment personne ici,
en Europe, n'entendra parler. Cela se poursuit par la volonté
populaire foulée aux pieds. En effet, suite à ces massacres,
la junte, forcée d'organiser en 1990 les premières élections
démocratiques de Birmanie, en annule les résultats.
La victoire de Aung San Suu Kyi et de son mouvement non-violent, la
Ligue Nationale pour la Démocratie (L.N.D.), est par trop éclatante
puisque la L.N.D. remporte 82% des sièges du Parlement. Ce
Parlement ne sera jamais convoqué. Beaucoup d'élus,
ainsi que Aung San Suu Kyi, sont placés en résidence
surveillée, d'autres, moins connus, sont arrêtés,
emprisonnés et torturés.
Le
prix Nobel de la Paix reçu par Aung San Suu Kyi en 1991 n'y
change rien puisque cela continue aujourd'hui encore, d'après
les Nations Unies (2), avec des exécutions
sommaires, la pratique de la torture (3),
et surtout, le travail forcé (4)
pour des centaines de milliers de Birmans, hommes, femmes et enfants.
Ceux-ci sont utilisés aussi bien dans la construction de chemins
de fer ou d'infrastructures touristiques que comme boucliers humains
ou comme "exploseurs de mines " (5),
par les militaires de la narco-dictature (6). |
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Soldat
du SLORC accompagnés de porteurs civils. Région
Mon. Août 1995.
© Photo KHRG
Cliquez sur la photo pour voir un agrandissement |
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Villageois
de l'ethnie Mon au travail forcé sur la ligne de chemin
de fer Ye-Tavoy en mai 1995. Sur cette photo, l'homme à
gauche portant des vêtements civils et un chapeau militaire
est le garde militaire. Il tient un bâton qu'il utilise
comme fouet sur les travailleurs.
© Photo KHRG
Cliquez sur la photo pour voir un agrandissement. |
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TOTALFINA
: premier sponsor de la dictature birmane |
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La
firme pétrolière française TOTALFINA a choisi
de devenir le sponsor numéro undans le monde de l'ensemble
de ces exactions. Celle-ci a en effet initié depuis
1995, avec la firme pétrolière américaine UNOCAL
Corp., une joint-venture avec la compagnie pétrolière
gouvernementale birmane MOGE (Myanma Oil and Gas Enterprise) ayant
pour but l'exploitation du gisement gazier de Yadana et la construction
d'un gazoduc. Ce projet, évalué à 1,2 milliards
de dollars, constitue le premier investissement en Birmanie et y a
représenté jusqu'à présent plus d'un tiers
des investissements étrangers. Aujourd'hui achevé, il
devrait, selon les prévisions, procurer à l'Etat birman
un revenu annuel estimé entre six et quinze milliards de francs
belges (7). Or, plus de 40% (8)
des dépenses du secteur public du Myanmar sont consacrés
à l'armée et son effectif est passé, depuis que
la junte a pris le pouvoir en 1988, de 180.000 à 350.000 hommes
et cela, alors que la Birmanie n'est pas un pays en guerre. Il est
donc évident que les bénéfices générés
par le gazoduc seront principalement utilisés par les dirigeants
birmans afin de continuer à asservir et opprimer leur peuple
grâce à une armée surpuissante.
Ainsi, Madame Aung San Suu
Kyi a déclaré en 1996 : "les investisseurs ne devraient
pas s'implanter car tout l'argent va à une élite. Je
tiens à mentionner la firme française TOTAL qui est
devenue le plus fort soutien du système militaire birman. Ce
n'est pas le moment d'investir ici."
(9) Afin d'être bien comprise, elle précise sa pensée
dans une discours enregistré à Rangoon en 1996 :
"Nous voulons que la Birmanie soit libre et prospère. Nous
ne sommes pas anti-business mais nous nous opposons aux investissements
en Birmanie aujourd'hui car notre véritable maladie n'est pas
de nature économique mais bien politique. Ce dont nous souffrons
vraiment, ce n'est pas d'un manque d'investissement ou d'infrastructure
mais de mauvaise gestion politique (misgovernance) . Jusqu'à
ce que nous bénéficiions d'un système qui garantit
les règles de droit et les institutions démocratiques
minimales, pas une once d'aide ou d'investissements ne bénéficiera
à notre population." (10)
Le 19 février 1998 dernier, le Parlement Européen a
voté une résolution explicite dans laquelle il appelle
pour la deuxième fois les entreprises européennes à
quitter la Birmanie tout en réaffirmant son opinion que " les
investissements étrangers en Birmanie sont une contribution
financière importante à la junte tout en n'arrivant
pas à apporter le moindre bénéfice direct au
peuple birman. ".
Ces appels ne sont pas restés sans réponse : les firmes
Pepsi, Levi's, Interbrew, Carlsberg, Heineken, Reebok, C&A, Hewlett-Packard,
Ericsson, d'autres encore ont choisi d'ores et déjà
de se retirer de Birmanie.
En renouvelant son soutien à la junte militaire par sa présence
intéressée en Birmanie, la firme TOTAL a choisi de contrevenir
à cet appel du Parlement Européen tout en niant les
avertissements sérieux d'organisations aussi autorisées
que les Nations Unies ou l'Organisation Internationale du Travail.
Récemment, la société PETROFINA,
fleuron de l'industrie belge, a uni son destin à la firme française
TOTAL afin de former une nouvelle multinationale désormais
baptisée " TOTAL-FINA ". Rompant avec une réputation
relativement "propre" dans le monde des pétroliers, PETROFINA
s'est donc associée avec le plus fort soutien du régime
militaire birman, selon Aung San Suu Kyi elle-même. Dans le
même temps, faisant peu de cas des multiples rapports internationaux
dénonçant les crimes actuellement en cours en Birmanie,
PETROFINA contrevient à l'appel du Parlement
belge qui, dans une résolution votée le 4 février
1999 à l'unanimité des 131 députés présents,
demande au Gouvernement belge de faire pression sur l'ensemble des
entreprises belges afin que celles-ci cessent toutes relations commerciales
avec la Birmanie. |
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Remplir
son réservoir chez TOTAL ou chez FINA revient à
soutenir la dictature militaire birmane! |
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Nous sommes choqués que la première
entreprise "belge" ait fait le choix de s'associer au soutien direct
de l'un des régimes les plus sanglants du monde, un régime
qui nie la démocratie et bafoue tous les droits, ceux de l'homme
et du travail, les plus élémentaires.
1) Nous ne pouvons, sur un plan éthique
, qu'arriver à une conclusion simple : continuer à nous
approvisionner en carburant auprès des pompes à essence
TOTAL ou FINA signifie soutenir, au moins indirectement, la continuation
des crimes internationaux actuellement en cours au Myanmar. En tant
que citoyens ou associations bénéficiant des libertés
démocratiques au sein d'un Etat de droit, il ne nous est plus
possible de verser de cette essence-là à l'intérieur
de nos réservoirs. Il s'agirait pour nous d'une complicité
silencieuse.
2) De même, du point de vue de la défense
de la démocratie, nous choisissons de répondre
positivement aux appels des seuls représentants légitimes
du peuple birman. Vainqueurs haut la main des dernières élections
libres organisées en Birmanie, les députés de
la Ligue Nationale pour la Démocratie (L.N.D.) et leur leader
Madame Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, nous demandent depuis
leurs prisons ou résidences surveillées de concourir
à la cessation de toutes relations commerciales avec l'actuel
Myanmar. Nous ne pouvons que respecter la volonté des seuls
élus du peuple birman en choisissant de cesser de nous approvisionner
auprès des pompes TOTAL et FINA.
3) Enfin, d'un point de vue politique,
nous tenons à souligner le caractère tout à fait
exceptionnel de la situation de la Birmanie. D'une part, il existe
un appel à cesser momentanément toutes relations commerciales
avec la Birmanie qui provient de l'intérieur du pays lui-même
et ce par l'intermédiaire des représentants du peuple.
D'autre part, et c'est important, ces seuls représentants légitimes
du peuple birman constituent une alternative politique réaliste
et crédible qui nous convainc de la réelle efficacité
de pressions économiques sur l'actuel régime militaire
en vue du rétablissement du processus démocratique interrompu
en 1990. Enfin, ces pressions seront d'autant plus efficaces que le
régime militaire est aujourd'hui exsangue et dépend,
pour sa survie, des investissements étrangers.
Le précédent connu, comparable à cette situation,
est celui de l'Afrique du Sud sous le régime de l'apartheid:
un appel provenant de l'intérieur du pays combiné à
une alternative politique crédible ont permis d'aboutir au
succès du processus de transition démocratique que nous
connaissons.
Notre objectif, en répondant à
l'appel des représentants du peuple birman, est donc clair
: déforcer le régime militaire au pouvoir et renforcer
la seule alternative politique crédible: celle des démocrates. |
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Appel
à la consommation responsable |
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Pour toutes ces
raisons, et parce que nous pensons que nos jugements éthiques
et nos convictions démocratiques ne peuvent prétendre
à une certaine légitimité que par et dans l'action
quotidienne:
Nous, citoyens, organisations citoyennes, syndicats, entreprises;
1) nous engageons personnellement à ne plus nous approvisionner
ni en essence ni en mazout de chauffage (ainsi que tout autre produit
dérivé) auprès de la firme TOTALFINA.
2) appelons l'ensemble des citoyens, en cohérence avec leur
propre jouissance des libertés fondamentales et dans l'esprit
d'une consommation responsable
- à ne plus s'approvisionner ni en essence ni en mazout de
chauffage auprès des marques TOTALFINA
- à faire pression sur leur entreprise ainsi que sur leurs
autorités communales (11)
afin que celles-ci cessent également tout approvisionnement
auprès de TOTALFINA.
3) appelons l'ensemble de nos élus démocrates à
poser des gestes publics forts et concrets afin d'obtenir le rétablissement
des élus du peuple birman dans leurs droits.
4) appelons la firme pétrolière TOTALFINA à exercer
toute sa force de pression afin d'obtenir des autorités du
Myanmar le respect des droits humains fondamentaux et le rétablissement
du processus démocratique interrompu en 1990.
Nous reprendrons le chemin des pompes à essence TOTALFINA lorsque
les représentants légitimes du peuple birman, à
savoir les élus de la Ligue Nationale pour la Démocratie,
nous feront savoir qu'un processus démocratique est suffisamment
avancé pour que reprennent les relations commerciales entre
la Birmanie et le reste du monde. |
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Ils
ont signé l'Appel à ce jour |
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Devenez
signataire de l'Appel à la Consommation Responsable |
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1)
In Le Monde, 10 décembre 1998. Aung San Suu Kyi est la leader
de la Ligue Nationale pour la Démocratie, mouvement qui obtint
82% des sièges du parlement lors des élections libres
de 1990. Ce parlement n'a jamais été convoqué.
La plupart de ces élus sont aujourd'hui en prison, souvent
torturés.
2) "Les
rapports bien documentés, les photos et les témoignages
reçus par le Rapporteur Spécial l'amènent à
conclure que les exécutions sommaires, arbitraires et extrajudiciaires,
la pratique de la torture et le travail forcé continuent à
avoir lieu au Myanmar." Rapport du 15 janvier 1998 du Rapporteur
Spécial des Nations Unies sur la situation des Droits de l'homme
au Myanmar (Birmanie), p. 17 :
http://www.unhchr.ch
3) Rapport du 5
février 1996 du Rapporteur Spécial des Nations Unies
sur le Myanmar, p.20, § 114 et 115 : "D'après
les rapports reçus, la torture et les mauvais traitements semblent
être une méthode habituelle afin d'obtenir les confessions
des civils suspectés d'activités anti-gouvernementales
réelles ou présumées comme telles. (
) Les
rapports de tortures et de traitements inhumains pour l'année
écoulée comprennent passages à tabac sévères,
enchaînements, étouffements, brûlures, coups de
couteaux, introduction de sels et de produits chimiques dans des blessures
ouvertes ainsi que des tortures psychologiques comme les menaces de
mort."
4) Un rapport,
établi en 1998, après une enquête minutieuse de
l'Organisation Internationale du Travail (O.I.T) constate le recours
généralisé et systématique au travail
forcé par les autorités birmanes. Le texte de ce rapport
est accessible sur internet : http://www.ilo.org
5) Rapport de la
commission d'enquête de l'Organisation Internationale du Travail
(O.I.T.) instituée pour examiner le respect par le Myanmar
de la convention sur le travail forcé, 1998, p.276-277.
6) Le Myanmar est
considéré, dans un rapport publié en 1996 par
le "U.S. Department of State", comme le premier producteur
et exportateur d'héroïne dans le monde. Celui-ci estime que
la production de la Birmanie représente 60% de l'héroine
et de l'opium produits dans le monde. In Newsday : The heroine pipeline,
by M. McAllister, 5/01/1998.
7) Cfr. Courrier
économique et financier-Asie Pacifique, n°12 du 09/01/1995,
Libération du 26/05/1995, The Economist du 13/07/1996, Far
Eastern Economic Review du 15/08/1996.
8) In Burma, country
in crisis, p.17.
9) Propos extraits
d'un entretien accordé au journal Le Monde, daté du
21-22 juillet 1996.
10) Discours reproduit
sur le site de la Coalition pour une Birmanie libre (The Free Burma
Coalition) : http://danenet.wicip.org/fbc/speech2.html
11) Comme cela
a débuté aux Etats-Unis où plusieurs villes ont
adopté des règlements interdisant tout achat par la
ville de biens et de services offerts par des compagnies investissant
en Birmanie. Parmi ces villes: San Francisco, Berkeley, Santa Monica,
Oakland, Los Angeles, New York, Ann Arbor, Madison. Une législation
similaire a été votée par l'Etat du Massachusetts. |

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