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Gaëtan
Vanloqueren, président de l'AGL (Association Générale
de Louvain)
En présence de Madame Bruntland, M. Jospin et M. Prodi
Le 2 février 2000 |
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Discours
du Président de l'AGL à la Cérémonie
de remise des doctorats Honoris Causa de l'UCL
Le 02 février 2000 |
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© Transit Photos
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Chers Professeurs,
Mesdames,
Messieurs.
Madame la Directrice Générale, Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président, vous recevez aujourd'hui un doctorat
honoris causa sur le thème de l'engagement au service de la
société. Vous le méritez amplement, vos 3 parrains
ou marraines pourront témoigner encore mieux que moi que vous
êtes, pour nous, étudiants, des exemples d'engagement.
Des exemples d'engagement, c'est-à-dire, pour nous, de "prise
de risques"afin d'oser affronter les vrais problèmes".
Et en matière de prise de risque, je désire vous parler
du meilleur exemple que nous connaissons jusqu'à aujourd'hui":
il s'agit de Madame Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix et leader
de la majorité démocratique birmane, à qui vous
succédez dans cette Université"puisqu'elle recevait
il y a un an le titre de docteur honoris causa.
Le thème de la cérémonie de l'an passé
était la défense des droits de l'homme et de la démocratie.
Celui de cette année est": "Des idées aux
actes". Vous ne nous en voudrez donc pas de mettre en rapport
les idées défendues par nos docteurs de l'année
passée avec les actes que vous posez en tant que personnalités
au service de la société.
Avec ce thème en tête - les idées et les actes-,
nous aurions pu vous parler en termes généraux de nombreux
autres engagements au service de la société que celui
de la défense de la démocratie, tant les attentes sont
encore immenses dans bien d'autres domaines. Pourtant, nous avons
choisi de nous centrer sur un seul exemple, afin que nos propos ne
restent pas vagues et dépourvus de sens.
En effet, nous sommes, à l'UCL, historiquement attachés
à la défense de la démocratie": notre Université
a, par exemple, participé depuis plus de vingt ans à
la reconstruction de la démocratie au Chili.
Mais depuis plus d'un an, nous sommes particulièrement attachés
à cet engagement pris envers Aung San Suu Kyi. Pourquoi"?
Parce que la Birmanie n'est pas seulement "une dictature de plus".
Parce que c'est un pays qui compte, d'après le B.I.T. plus
de 600,000 travailleurs forcés. Parce que l'ensemble des universités
sont fermées depuis la répression dans le sang, il y
a 10 ans, des manifestations étudiantes non-violentes. Parce
que ces générations de jeunes sans éducation
hypothèquent l'avenir, le développement durable, Madame
Bruntland, de ce pays.
Alors voilà pourquoi, aujourd'hui, en tant que représentant
étudiant démocratiquement élu, m'adressant à
vous, personnalités d'Europe démocratiquement élues,
à l'occasion d'une fête célébrant des personnes
qui passent "des idées aux actes", je ne vois pas
de meilleur thème de discours que celui qui nous permet à
vous et moi d'exercer nos fonctions": celui de la démocratie.
De même, je ne puis penser qu'à une seule idée
en m'adressant humblement à vous": celle de vous demander
de toujours continuer à poser aujourd'hui les actes qui permettront
aux idées universellement reconnues que sont le respect des
droits de l'homme et la défense de la démocratie, de
se propager demain.
Et ce, même si cela implique quelques prises de risques car,
Madame, Messieurs, le titre que vous recevez aujourd'hui n'est pas
décerné à titre posthume. Je dirais même
plus": nous, étudiants, aimerions vous voir prendre une
nouvelle fois la succession d'Aung San Suu Kyi, mais à un autre
titre": Pourquoi pas le Prix Nobel de la Paix"? Lorsque
vous aurez posé les actes qui auront permis la fin du travail
forcé, la réouverture de universités"et
le rétablissement de la démocratie en Birmanie.
Vous le savez, ce sont les élus birmans de la majorité
réprimée qui appellent eux-mêmes à l'arrêt
de toutes relations commerciales avec leur pays. Ce sont eux qui l'affirment":
"les investissements ne bénéficient qu'à
une minorité tout en lui permettant de mieux réprimer."
En effet, ils savent mieux que nous que cet argent va uniquement à
l'armée et à la répression et non aux populations
locales.
Alors voilà, pour concrétiser le titre que vous recevez
aujourd'hui, je vous propose, je vous demande de passer "des
idées aux actes" au service de la démocratie et
plus particulièrement en Birmanie.
Madame Bruntland, les problèmes d'épidémie du
sida, de malnutrition chronique des enfants et de mortalité
infantile seront plus facilement résolus en Birmanie le jour
où le travail forcé sera aboli. Madame, vous qui symbolisez
le développement durable dans le monde entier, pouvez-vous
nous dire si nous sommes des idéalistes en espérant
vous voir intervenir auprès des Nations Unies pour que le siège
de la Birmanie soit octroyé aux élus légitimes
de 1990 et non à des futurs condamnés du Tribunal Pénal
International.
Monsieur Jospin, vous qui avez été Ministre de l'Education
Nationale et avez uvré pour le progrès de l'enseignement,
serait-ce un rêve de vous voir prendre la décision de
geler les investissements français en Birmanie"? Allez-vous faire
le choix de retirer les 150 à 450 millions de dollars que la
première entreprise française apporte à un régime
dictatorial qui fait honte à l'humanité"? Les étudiants
belges, birmans et français rêveraient-ils en vous voyant prendre
l'engagement que votre Président de la République n'a
pas osé prendre il y a un an à la cérémonie
d'anniversaire de la Déclaration de Droits de l'Homme"?
Monsieur Prodi, vous qui avez rendu confiance aux Italiens en restaurant
l'image de leur gouvernement, allez-vous appliquer une nouvelle fois
le principe "des idées aux actes" en mettant en uvre
les résolutions adoptées depuis 1996 par les députés
européens au sujet de la Birmanie"? Allez-vous donc mettre
à l'ordre du jour du Conseil des Ministres des Affaires Etrangères
l'arrêt des relations commerciales avec la Birmanie. C'est ce
que vous demandent les élus birmans incarcérés,
mais aussi les députés européens.
Les birmans n'en peuvent plus d'attendre que quelqu'un d'autre prenne
la décision à votre place.
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, mon discours a été
ciblé sur un seul sujet car, à l'Université Catholique
de Louvain, on nous apprend à appliquer la devise "Réfléchissez
globalement, agissez localement", devise qui nous rappelle le
thème d'aujourd'hui": Des idées aux actes. Je ne
pouvais donc faire autrement que de relayer les appels d'autres étudiants,
d'autres citoyens du monde et de notre docteur honoris causa Aung
San Suu Kyi qui nous résumait sa demande en ces mots simples":
"Que votre liberté puisse servir la nôtre."
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| Gaëtan Vanloqueren Président
AGL 1999-2000 |
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