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Par Samuel Grumiau
(Bruxelles, 16 novembre 1999)
CONFEDERATION INTERNATIONALE DES SYNDICATS LIBRES (CISL) CISL EnLigne... 215/991116/SG
Travail forcé en Birmanie
La CISL dénonce, preuves à l'appui, les mensonges du gouvernement birman.
   
Le mensonge est l'arme préférée de la dictature birmane lorsqu'elle décide de berner la communauté internationale. Dans une déclaration solennelle prononcée le 14 mai dernier, le SPDC ("State Peace and Development Committee", c'est-à-dire la junte militaire au pouvoir) a affirmé qu'il avait modifié la loi dans le but de prévenir tout recours au travail forcé de la part des autorités et qu'il punirait quiconque continuerait à l'imposer. Un courrier envoyé par la CISL à Monsieur Juan Somavia, directeur général de l'OIT, montre que le gouvernement birman a renié sa promesse dès les premiers jours qui l'ont suivie. Le 12 juin en effet, le commandant du bataillon 97 IB ordonnait aux villages de la région de Kawtareik de lui envoyer quinze personnes équipées de pioches ainsi que cinq pièces de bétail avec charrues afin de cultiver les champs occupés par son unité. Le 19 mai déjà, soit cinq jours apres sa promesse, l'armée avait exigé des porteurs pour ses soldats postés en première ligne, puis des ouvriers pour construire des routes. Les demandes du SPDC n'ont pas cessé depuis lors, avec toujours la même condition: si vous n'envoyez pas les ouvriers "volontaires" ou que vous ne payez pas une compensation à leur place, vous vous exposez aux pires cons"quences.

"La vie est devenue impossible en Birmanie, explique Tesaw, 57 ans, réfugié en Thaïlande. Je suis agriculteur, j'ai une femme et cinq enfants. Je devais travailler six jours pour pouvoir nous acheter un malheureux poulet! En plus, l'armée a augmenté la compensation à payer si l'on ne veut pas être soumis au travail forcé. Ils demandent un dollar et demi par jour d'absence... mais je gagnais a peine dix dollars par mois! L'un des membres de ma famille devait donc accompagner les soldats sur les chantiers. C'était souvent moi qui me sacrifiais, en moyenne quatre jours par semaine. J'ai été contraint de travailler gratuitement à la réparation de routes, la construction de camps pour l'armée, de ponts, etc. Parfois, je devais accompagner les soldats au cours de longues marches et porter leur matériel, qui pesait bien cinquante kilos. Si nous n'avançons pas assez vite, ils nous frappent. Les enfants-soldats sont les plus violents. Au moins le tiers de l'armée birmane se compose de jeunes de moins de quinze ans. Les marches sont très dangereuses à cause des mines antipersonnel. J'ai un jour vu un porteur sauter sur une mine devant moi".

Déplacement de villages

Lorsque les autorités s'aperçoivent que quelqu'un s'est enfui, elles exigent qu'un membre de sa famille aille le chercher, sans quoi le village doit payer une grosse amende ou risque d'être déplacé par la dictature vers des régions peu fertiles mais bien controlées. Il faut savoir en effet que malgré sa victoire sur la plupart des rebellions armées, la Tatmadaw (nom de l'armée birmane) hésite encore à s'aventurer dans certaines zones où des groupes d'opposition mènent des actions de guerilla à son encontre. Les villageois habitant ces zones sont fortement soupçonnés d'appuyer ces rebelles et sont dès lors encore plus exposés aux obligations de travail forcé. S'ils refusent ou n'ont pas les moyens de s'y soumettre, le SPDC se sert de ce refus comme prétexte pour déplacer le village vers des régions où il est totalement maître. Si les civils refusent de déménager, les soldats les attaquent, avec tout ce que ça implique comme horreurs: massacres, viols, séparations de familles et... travail forcé. Un document publié cette année par le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme en Birmanie va plus loin: il affirme que le travail forcé n'est pas uniquement utilisé à des fins militaires mais a parfois pour seul but d'enrichir les soldats qui y recourent. Dans l'Etat Shan, des villageois ont ainsi été contraints de fendre des roches que l'armée transportait ensuite par camions pour les vendre en ville. Le rapporteur dénonce également le fait que des agriculteurs aient été contraints d'abandonner leurs cultures traditionnelles, par exemple la canne à sucre, au profit de soja qu'ils étaient ensuite obligés de donner a l'armée. Les confiscations de terres par la Tatmadaw sont fréquentes elles aussi, tout comme les cas de prisonniers contraints de travailler pour elle encore longtemps après la fin de leur condamnation.

C'est dans ce genre de dictature que la firme française Total-Fina-Elf et l'Américaine Unocal ont decidé de faire du business. Depuis 1992, Total y est le premier investisseur via la construction d'un gazoduc de 63 kilometres devant acheminer du gaz naturel vers la Thaïlande. Une mission d'information menée par trois parlementaires francais a rendu, en octobre dernier, un avis sévère à ce sujet, estimant que "si Total et Unocal n'ont pas volontairement utilisé le travail forcé pour la construction du gazoduc, ils en ont indirectement bénéficié en raison de la militarisation de la zone". La Tatmadaw a en effet déployé les grands moyens pour vider les environs du gazoduc de tout groupe rebelle. Des milliers de villageois ont, là aussi, dû plier bagage. La mission d'information française a établi le recours au travail forcé dans la phase initiale du chantier de ce gazoduc.

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