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Propos recueillis par Samuel Grumiau(Bruxelles, 16 novembre 1999)
CONFEDERATION INTERNATIONALE DES SYNDICATS LIBRES (CISL) CISL EnLigne... 214/991116/SG
Le trafic des Birmanes    
Des milliers de femmes birmanes tombent chaque année dans les griffes de mafias qui les contraignent à la prostitution en Thaïlande. Comment s'organise ce trafic?
Les réponses de Hseng Noung Lintner, militante de "Shan Women Action Network", une ONG venant en aide aux femmes de l'ethnie Shan.

Comment les trafiquants s'y prennent-ils pour recruter leurs victimes?

Les Birmans qui sont encore au pays s'imaginent qu'il y a beaucoup de travail pour eux en Thaïlande. Des intermédiaires vont de villages en villages et proposent des emplois bien rémunérés (dans la construction, l'agriculture, ...). Les habitants de certaines campagnes reculées sont naïfs, ils ne sont jamais allés nulle part, même pas à l'école. Comment peuvent-ils imaginer ce qui va leur arriver à Bangkok? Les intermédiaires proposent aux familles de l'argent pour que les filles les accompagnent en Thaïlande (de 250 à 500 dollars) mais, une fois la frontière traversée, elles sont prises au piège: en situation illégale et sans argent dans un pays dont elles ne connaissent pas la langue, les mafias les contraignent à se prostituer. Elles ne seront libres que lorsqu'elles auront gagné la somme qui a été payée à leur famille.

Dans quelles conditions vivent-elles en Thaïlande?

Elles doivent travailler douze ou quatorze heures par jour, risquent de contracter des maladies sexuellement transmissibles, ... Certaines savent comment se protéger contre le sida, mais elles n'ont pas la possibilité de refuser un client qui ne voudrait pas utiliser un préservatif. Récemment, la police a effectué un raid dans un bordel où il y a avait 43 filles... dont 34 étaient séropositives. Les clients paient 4 dollars pour trente minutes avec elles, mais elles doivent en donner la moitié à ceux qui les ont achetées. Dans certains cas, les filles contraintes à la prostitution sont arretées par la police juste avant le moment où elles devaient être payées. Je ne peux pas le prouver, mais je présume que ce sont les trafiquants qui, de mèche avec la police, la préviennent afin de ne pas avoir à rémunérer leurs victimes. Lorsqu'elles sont arrêtées, les filles peuvent être libérées si elles ont de l'argent à donner, sinon elles sont reconduites à la frontière... où les attendent d'autres proxénètes. Il y a des cas aussi où les macs paient des dessous-de-table et récupèrent directement au poste de police les filles qui leur rapportent le plus.

Y a-t-il des enfants parmi ces victimes?

Oui, beaucoup. Parfois, le gouvernement thaïlandais menace de s'attaquer sérieusement aux bars où l'on trouve de la prostitution enfantine. Les mineures sont alors transférées vers des petits restaurants, des bars à karaoke ou elles sont à nouveau prostituées. Le non-initié passe à côté sans le voir, mais les clients savent bien où ils peuvent trouver des enfants prostitués, ils les demandent de plus en plus jeunes par crainte du sida. Ils paient jusqu'a 500 dollars pour une passe avec une fille vierge.

Bangkok est-elle la seule destination des femmes birmanes?

Non, beaucoup sont également contraintes à se prostituer dans les villes le long des frontières, par exemple près de la Malaisie. Et puis, les mafias sont très bien organisées, elles ont de bonnes connections leur permettant d'obtenir passeports, visas, ... pour leurs victimes. Certaines filles se retrouvent ainsi dans les réseaux de prostitution au Japon.

Qu'arrive-t-il aux prostituées qui contractent le sida?

Elles sont renvoyées en Birmanie, mais leur famille ne les accueille pas toujours: certaines sont très mal informées sur cette maladie et les rejettent. Elles meurent alors en dehors des villages, seules et sans soins médicaux.

Contact: Luc Demaret, Presse CISL,
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