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CONFEDERATION INTERNATIONALE DES SYNDICATS LIBRES (CISL) CISL EN LIGNE
21 octobre 2002
La CISL apporte de nouvelles preuves d’un accroissement du travail forcé et de l’implication des entreprises multinationales    
Combinée à une prétendue ouverture du dialogue entre le régime birman et les forces d’opposition, la récente libération de dissidents politiques, notamment de la dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), Aung San Suu Kyi, aurait pu laisser croire à un assouplissement de la dictature militaire qui sévit depuis quinze ans en Birmanie. Et pourtant, alors que l’on se rapproche de l’examen de la situation en Birmanie, auquel procède le Conseil des affaires générales de l’UE tous les six mois (il aura lieu cette fois les 21 et 22 octobre), la CISL apporte de nouvelles preuves flagrantes qu’il n’en est rien.

Le travail forcé déjà très répandu est encore en hausse. Il inclut notamment la conscription forcée imposée par l’armée et les travaux exécutés dans les champs d’opium. Les groupes syndicaux deviennent le centre de violentes attaques et l’investissement des multinationales étrangères contribuent à maintenir la junte en place face aux gouvernements du monde entier. Dans un nouveau rapport de 350 pages présenté au BIT, la CISL fournit de nouvelles allégations concernant les liens entre TOTALFINA-ELF, la junte birmane et le travail forcé imposé par l’armée birmane à des civils.

L’organisation syndicale internationale basée à Bruxelles a également fournit au BIT des séquences vidéo exclusives, notamment des interviews d’enfants et d’adultes forcés de travailler pour l’armée, ou encore des images d’une patrouille militaire à la frontière birmano-thaïlandaise où l’on peut voir les soldats s'en prendre violemment à leurs propres porteurs.

Les syndicalistes sont de plus en plus visés alors qu’augmente le travail forcé en Birmanie
Le 4 août 2002, U Saw Mya Than, un responsable syndical birman, était abattu de sang froid par des soldats après avoir été forcé de travailler comme porteur pour le bataillon d'infanterie légère (LIB) n° 588 placé sous les ordres du major Myo Hlaing.
Il ne s'agit-là que de l'un des épisodes dévoilés dans les 350 pages que la Confédération internationale des Syndicats libres (CISL) a adressées à l'Organisation internationale du Travail (OIT). Ces témoignages, qui recouvrent la période allant d'octobre 2001 à septembre 2002, révèlent que la junte militaire, bien loin de respecter sa promesse d’éradiquer la pratique du travail forcé, continue d’y recourir massivement et à grande échelle et a même intensifié ses interventions violentes contre des structures syndicales clandestines.

C’est la première fois que la CISL donne des informations sur les activités syndicales clandestines menées en Birmanie depuis qu’elle a commencé à enquêter sur le travail forcé dans le pays il y a dix ans. Dans son rapport, la CISL dénonce les attaques de la junte militaire contre des locaux de la FTUB (Fédération des syndicats de Birmanie), et le fait qu'elle ait pillé les réserves alimentaires destinées aux personnes déplacées de l'intérieur (IDP) et incendié des écoles primaires, un hôpital et un atelier de travailleurs handicapés.

Des informations révèlent que le 3 mai, en représailles à la tenue d’activités syndicales, les militaires ont mis le feu au bureau du KEWU (syndicat des travailleurs de l'enseignement de Kawthoolei) à Kho-Kay North Pa-, ainsi qu'à une école locale fréquentée par 300 élèves. Le 6 août, les troupes ont bouté le feu à un hôpital comportant 20 lits, à un atelier pour personnes handicapées, à une autre école et à plusieurs maisons. Plus de 500 IDP qui avaient trouvé un abri dans le village ont été contraintes de fuir par-delà la frontière thaïlandaise. Les 7 et 8 mai, 169 autres IDP ont été délogées quand une colonne armée a attaqué leur village du Kho-Kay et pillé 30 entrepôts de riz. Parmi les victimes dont la maison fut détruite figuraient plusieurs membres du KEWU, dont son président, M. Saw Lah Say.

L’histoire du meurtre de U Saw Mya Than est particulièrement accablante. Après avoir été élu chef du village de Kaleiktoat dans la région de Ye Township (Etat Mon), il a été forcé de travailler comme porteur pour l’armée. Quand la colonne de l’armée fut attaquée par des éléments du mouvement d’indépendance ethnique, peu avant la tombée de la nuit du 4 août 2002, Saw Mya Than a été tué de sang froid par les soldats qu’il était en train d’aider, comme punition à l’attaque des rebelles.

"la junte militaire, bien loin de respecter sa promesse d’éradiquer la pratique du travail forcé, continue d’y recourir massivement et à grande échelle et a même intensifié ses interventions violentes contre des structures syndicales clandestines"

Recruter des travailleurs forcés pour servir de porteurs ou de boucliers humains constitue une pratique courante au sein de l’armée birmane. Ces hommes sont souvent placés en première ligne pour protéger les soldats des embuscades. Juste un peu avant qu’il soit asassiné, U Saw Mya Than était placé à cet avant-poste. Il est clair qu’ici, il y a de plus un lien direct entre les activités syndicales de U Saw Mya Than et son meurtre. Après avoir été formé en tant que spécialiste des droits humains et syndicaux par le FTUB et le FTUK en 2001, Than était devenu très populaire dans sa région pour son engagement en cette matière et avait donc été élu en tant que chef de son village. Il était également connu en tant que membre du KEWU. La CISL pense que c’est la raison pour laquelle il a été recruté en tant que porteur pour le bataillon d'infanterie légère (LIB) N° 588. En tant que chef de village, sa responsabilité étant avant tout de répondre aux demandes de l’armée concernant « l’approvisionnement » en porteurs et travailleurs forcés. Selon la CISL, un chef de village est lui-même rarement recruté comme travailleur forcé.

Le document contient également des précisions sur les activités de formation menées sur tout le territoire birman par la FTUB et la fédération des syndicats Kawthoolei (FTUK) avant les attaques punitives perpétrées par les militaires. Les deux organisations, qui coopèrent étroitement entre elles en Birmanie, disposent également de structures dans les pays voisins.

Les multinationales profitent du travail forcé : l’UE doit interdire les investissements en Birmanie
Derrière le travail forcé, le régime n’est pas le seul coupable. Malgré une campagne internationale retentissante conduite par la CISL, les multinationales étrangères continuent à apporter un soutien financier à la junte. Le rôle du géant pétrolier français TOTALFINA-ELF, depuis longtemps présent en Birmanie, est particulièrement mis en lumière dans ces nouveaux témoignages. Les informations parvenues à la CISL soutiennent que l’on recoure encore au travail forcé pour la construction de routes et d'autres travaux d'infrastructure inhérents à la mise en service de l’oléoduc de TOTALFINA-ELF à Yadana. Selon le dernier rapport de la FTUB à ce sujet, des civils provenant d'au moins 16 villages du district du Tenasserim méridional ont été forcés de participer à la construction d'une autoroute reliant Kanbauk à Maung Ma Gan.

En avril 2002, des familles ont été fréquemment contraintes de travailler 20 jours ou plus par mois, chacune ayant à construire une portion de route longue de 20 mètres et large de 4 mètres. Il leur a été dit qu'il ne s'agissait pas là d'un travail forcé et qu'elles seraient correctement payées. En mai, les villageois apprirent que TOTALFINA-ELF avait remis aux autorités le montant du chantier et vinrent s'enquérir auprès des anciens du village des moyens de percevoir leur salaire. Il leur fut répondu que leur plainte serait transmise aux "autorités supérieures", mais bien des mois plus tard, ils attendaient encore leur argent. Cette question est au centre du rapport que la CISL a adressé à l’OIT.
http://www.icftu.org/displaydocument.asp?Index=991216572

Face à cette évidence, la CISL demande au Conseil des ministres de l’UE de renforcer sa position commune sur la Birmanie lors de leur réunion des 21 et 22 octobre à Luxembourg et d’inclure une interdiction de tout investissement étranger en Birmanie.

La CISL fournira sous peu de nouvelles preuves de l’investissement multinational en Birmanie, alors que les chercheurs syndicaux découvrent de nouveaux exemples d’entreprises qui tirent profit de l’un des régimes les plus oppressifs du monde.

« Les multinationales, comme TOTALFINA-ELF, ont longtemps prétendu qu’il n’y avait aucun lien entre leurs investissements en Birmanie et le recours croissant au travail forcé. Ces nouvelles preuves posent avec plus d’acuité encore cette question de connexions qui pourraient exister entre les entreprises multinationales, l’armée birmane et l’utilisation du travail forcé. L’UE doit agir maintenant », a déclaré l’expert de la CISL pour la Birmanie, Janek Kuzkiewicz.

Lettre au Comité des experts de l’OIT sur l’application des conventions et des recommandations : Birmanie, Convention sur le travail forcé, 1930 (Convention n°29) : http://www.icftu.org/displaydocument.asp?Index=991216572
Note aux éditeurs: Les syndicats, en coopération avec la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE, ont posé des questions à propos du soutien fourni à la junte via les investissements des entreprises multinationales, dont TOTALFINA-ELF, en se référant aux procédures des Principes directeurs de l’OCDE pour les entreprises multinationales.
La CISL représente 157 millions de travailleurs de 225 organisations affiliées réparties dans 148 pays et territoires. La CISL est également membre du Groupement Global Unions : http://www.global-unions.org
Pour plus d'informations, veuillez contacter Louis Bélanger, attaché de presse à la CISL au +32 2 224 02 32 ou GSM +32 476 621018.

Enclosures:
· 1. Situation Report from Kya Inn-Seik Gyi and Kawkareik Townships, Dooplaya District, Karen State (FTUB)
· 2. Forced Labour along the offshore gas pipeline (FTUB)
· 3. Forced Labor continued in Kyaik Ma Raw township- Mon State (FTUB)
· 4. Forced labour in Western Burma, May 2002 (FTUB)
· 5. Mayday Celebration and Basic Trade Union training in Karen state, Burma (FTUB)