Combinée
à une prétendue ouverture du dialogue entre le régime
birman et les forces dopposition, la récente libération
de dissidents politiques, notamment de la dirigeante de la Ligue nationale
pour la démocratie (NLD), Aung San Suu Kyi, aurait pu laisser
croire à un assouplissement de la dictature militaire qui sévit
depuis quinze ans en Birmanie. Et pourtant, alors que lon se
rapproche de lexamen de la situation en Birmanie, auquel procède
le Conseil des affaires générales de lUE tous
les six mois (il aura lieu cette fois les 21 et 22 octobre), la CISL
apporte de nouvelles preuves flagrantes quil nen est rien.
Le travail forcé déjà très répandu
est encore en hausse. Il inclut notamment la conscription forcée
imposée par larmée et les travaux exécutés
dans les champs dopium. Les groupes syndicaux deviennent le
centre de violentes attaques et linvestissement des multinationales
étrangères contribuent à maintenir la junte en
place face aux gouvernements du monde entier. Dans un nouveau rapport
de 350 pages présenté au BIT, la CISL fournit de nouvelles
allégations concernant les liens entre TOTALFINA-ELF, la junte
birmane et le travail forcé imposé par larmée
birmane à des civils.
Lorganisation syndicale internationale basée à
Bruxelles a également fournit au BIT des séquences vidéo
exclusives, notamment des interviews denfants et dadultes
forcés de travailler pour larmée, ou encore des
images dune patrouille militaire à la frontière
birmano-thaïlandaise où lon peut voir les soldats
s'en prendre violemment à leurs propres porteurs.
Les syndicalistes sont de plus en plus visés
alors quaugmente le travail forcé en Birmanie
Le 4 août 2002, U Saw Mya Than, un responsable syndical birman,
était abattu de sang froid par des soldats après avoir
été forcé de travailler comme porteur pour le
bataillon d'infanterie légère (LIB) n° 588 placé
sous les ordres du major Myo Hlaing.
Il ne s'agit-là que de l'un des épisodes dévoilés
dans les 350 pages que la Confédération internationale
des Syndicats libres (CISL) a adressées à l'Organisation
internationale du Travail (OIT). Ces témoignages, qui recouvrent
la période allant d'octobre 2001 à septembre 2002, révèlent
que la junte militaire, bien loin de respecter sa promesse déradiquer
la pratique du travail forcé, continue dy recourir massivement
et à grande échelle et a même intensifié
ses interventions violentes contre des structures syndicales clandestines.
Cest la première fois que la CISL donne des informations
sur les activités syndicales clandestines menées en
Birmanie depuis quelle a commencé à enquêter
sur le travail forcé dans le pays il y a dix ans. Dans son
rapport, la CISL dénonce les attaques de la junte militaire
contre des locaux de la FTUB (Fédération des syndicats
de Birmanie), et le fait qu'elle ait pillé les réserves
alimentaires destinées aux personnes déplacées
de l'intérieur (IDP) et incendié des écoles primaires,
un hôpital et un atelier de travailleurs handicapés.
Des informations révèlent que le 3 mai, en représailles
à la tenue dactivités syndicales, les militaires
ont mis le feu au bureau du KEWU (syndicat des travailleurs de l'enseignement
de Kawthoolei) à Kho-Kay North Pa-, ainsi qu'à une école
locale fréquentée par 300 élèves. Le 6
août, les troupes ont bouté le feu à un hôpital
comportant 20 lits, à un atelier pour personnes handicapées,
à une autre école et à plusieurs maisons. Plus
de 500 IDP qui avaient trouvé un abri dans le village ont été
contraintes de fuir par-delà la frontière thaïlandaise.
Les 7 et 8 mai, 169 autres IDP ont été délogées
quand une colonne armée a attaqué leur village du Kho-Kay
et pillé 30 entrepôts de riz. Parmi les victimes dont
la maison fut détruite figuraient plusieurs membres du KEWU,
dont son président, M. Saw Lah Say.
Lhistoire du meurtre de U Saw Mya Than est particulièrement
accablante. Après avoir été élu chef du
village de Kaleiktoat dans la région de Ye Township (Etat Mon),
il a été forcé de travailler comme porteur pour
larmée. Quand la colonne de larmée fut attaquée
par des éléments du mouvement dindépendance
ethnique, peu avant la tombée de la nuit du 4 août 2002,
Saw Mya Than a été tué de sang froid par les
soldats quil était en train daider, comme punition
à lattaque des rebelles.
"la junte militaire, bien loin de respecter sa promesse déradiquer
la pratique du travail forcé, continue dy recourir massivement
et à grande échelle et a même intensifié
ses interventions violentes contre des structures syndicales clandestines"
Recruter des travailleurs forcés pour servir de porteurs ou
de boucliers humains constitue une pratique courante au sein de larmée
birmane. Ces hommes sont souvent placés en première
ligne pour protéger les soldats des embuscades. Juste un peu
avant quil soit asassiné, U Saw Mya Than était
placé à cet avant-poste. Il est clair quici, il
y a de plus un lien direct entre les activités syndicales de
U Saw Mya Than et son meurtre. Après avoir été
formé en tant que spécialiste des droits humains et
syndicaux par le FTUB et le FTUK en 2001, Than était devenu
très populaire dans sa région pour son engagement en
cette matière et avait donc été élu en
tant que chef de son village. Il était également connu
en tant que membre du KEWU. La CISL pense que cest la raison
pour laquelle il a été recruté en tant que porteur
pour le bataillon d'infanterie légère (LIB) N° 588.
En tant que chef de village, sa responsabilité étant
avant tout de répondre aux demandes de larmée
concernant « lapprovisionnement » en porteurs et
travailleurs forcés. Selon la CISL, un chef de village est
lui-même rarement recruté comme travailleur forcé.
Le document contient également des précisions sur les
activités de formation menées sur tout le territoire
birman par la FTUB et la fédération des syndicats Kawthoolei
(FTUK) avant les attaques punitives perpétrées par les
militaires. Les deux organisations, qui coopèrent étroitement
entre elles en Birmanie, disposent également de structures
dans les pays voisins.
Les multinationales profitent du travail
forcé : lUE doit interdire les investissements en Birmanie
Derrière le travail forcé, le régime nest
pas le seul coupable. Malgré une campagne internationale retentissante
conduite par la CISL, les multinationales étrangères
continuent à apporter un soutien financier à la junte.
Le rôle du géant pétrolier français TOTALFINA-ELF,
depuis longtemps présent en Birmanie, est particulièrement
mis en lumière dans ces nouveaux témoignages. Les informations
parvenues à la CISL soutiennent que lon recoure encore
au travail forcé pour la construction de routes et d'autres
travaux d'infrastructure inhérents à la mise en service
de loléoduc de TOTALFINA-ELF à Yadana. Selon le
dernier rapport de la FTUB à ce sujet, des civils provenant
d'au moins 16 villages du district du Tenasserim méridional
ont été forcés de participer à la construction
d'une autoroute reliant Kanbauk à Maung Ma Gan.
En avril 2002, des familles ont été fréquemment
contraintes de travailler 20 jours ou plus par mois, chacune ayant
à construire une portion de route longue de 20 mètres
et large de 4 mètres. Il leur a été dit qu'il
ne s'agissait pas là d'un travail forcé et qu'elles
seraient correctement payées. En mai, les villageois apprirent
que TOTALFINA-ELF avait remis aux autorités le montant du chantier
et vinrent s'enquérir auprès des anciens du village
des moyens de percevoir leur salaire. Il leur fut répondu que
leur plainte serait transmise aux "autorités supérieures",
mais bien des mois plus tard, ils attendaient encore leur argent.
Cette question est au centre du rapport que la CISL a adressé
à lOIT.
http://www.icftu.org/displaydocument.asp?Index=991216572
Face à cette évidence, la CISL demande au Conseil des
ministres de lUE de renforcer sa position commune sur la Birmanie
lors de leur réunion des 21 et 22 octobre à Luxembourg
et dinclure une interdiction de tout investissement étranger
en Birmanie.
La CISL fournira sous peu de nouvelles preuves de linvestissement
multinational en Birmanie, alors que les chercheurs syndicaux découvrent
de nouveaux exemples dentreprises qui tirent profit de lun
des régimes les plus oppressifs du monde.
« Les multinationales, comme TOTALFINA-ELF, ont longtemps prétendu
quil ny avait aucun lien entre leurs investissements en
Birmanie et le recours croissant au travail forcé. Ces nouvelles
preuves posent avec plus dacuité encore cette question
de connexions qui pourraient exister entre les entreprises multinationales,
larmée birmane et lutilisation du travail forcé.
LUE doit agir maintenant », a déclaré lexpert
de la CISL pour la Birmanie, Janek Kuzkiewicz.
Lettre au Comité des experts de lOIT sur lapplication
des conventions et des recommandations : Birmanie, Convention sur
le travail forcé, 1930 (Convention n°29) : http://www.icftu.org/displaydocument.asp?Index=991216572
Note aux éditeurs: Les syndicats, en coopération avec
la Commission syndicale consultative auprès de lOCDE,
ont posé des questions à propos du soutien fourni à
la junte via les investissements des entreprises multinationales,
dont TOTALFINA-ELF, en se référant aux procédures
des Principes directeurs de lOCDE pour les entreprises multinationales.
La CISL représente 157 millions de travailleurs de 225 organisations
affiliées réparties dans 148 pays et territoires. La
CISL est également membre du Groupement Global Unions : http://www.global-unions.org
Pour plus d'informations, veuillez contacter Louis Bélanger,
attaché de presse à la CISL au +32 2 224 02 32 ou GSM
+32 476 621018.
Enclosures:
· 1.
Situation Report from Kya Inn-Seik Gyi and Kawkareik Townships, Dooplaya
District, Karen State (FTUB)
· 2.
Forced Labour along the offshore gas pipeline (FTUB)
· 3.
Forced Labor continued in Kyaik Ma Raw township- Mon State (FTUB)
· 4.
Forced labour in Western Burma, May 2002 (FTUB)
· 5. Mayday
Celebration and Basic Trade Union training in Karen state, Burma (FTUB)
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