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Chronique
de la Ligue des Droits de l'Homme
Véronique van der Plancke |
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Soutenons
les démocrates birmans
Pas de plein chez TotalFina |
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Parce que la déflagration
de l'économie birmane pourrait convaincre la junte militaire
de faire progresser la transition politique, l'archevêque Desmond
Tutu (Prix Nobel de la Paix 1984) lançait le 18 mars 2002 un
appel à Tony Blair et plus généralement aux gouvernements
européens afin que ceux-ci adoptent de réelles sanctions
économiques à légard de la Birmanie. «
La Birmanie est la nouvelle Afrique du Sud, affirme-t-il. Il est temps
de passer des mots aux actes. » Sanctionner économiquement
le Myanmar revient aussi à dissuader les entreprises occidentales
dy investir tant que le régime démocratique nest
pas restauré.
Total est devenu le plus fort soutien du système
militaire birman. Ce nest pas le moment dinvestir ici.
Aung San Suu Kyi,
Leader de la majorité birmane réprimée, Prix
Nobel de la paix 1991
Déclaration adressée au quotidien Le Monde, le 20 juillet
1996
La Birmanie est lune des dictatures les plus brutales de notre
planète. Le Bureau International du Travail y comptabilise
plus de 600.000 travailleurs forcés - soit des hommes, des
femmes et des enfants emmenés de leur village sous la menace
des armes - pour la construction de routes, voies ferrées,
ponts, complexes touristiques ou militaires,
toute tentative
de résistance étant violemment colmatée(1).
Des centaines de prisonniers politiques dont des députés
élus par le peuple lors des élections législatives
de 1990 annulées par la junte subissent la peur et la
torture quotidiennes. Dans sa dernière Résolution (2001/15,
§ 3 c), la Commission des droits de lhomme des Nations-Unies
« déplorait la dégradation de la situation des
droits de l'homme au Myanmar et les violations persistantes, flagrantes
et systématiques dont ces droits font l'objet dans ce pays,
notamment les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires,
les disparitions forcées, les viols, la torture, les traitements
inhumains, les arrestations massives, le travail forcé, les
réinstallations forcées et le déni de la liberté
de réunion, d'association, d'expression et de mouvement».
Face à ces crimes contre lhumanité et à
limpunité dont jouissent les auteurs, la Conférence
de lOrganisation Internationale du Travail adopte le 30 novembre
2000 une résolution historique enjoignant à «
lensemble des gouvernements, des organisations internationales
et des sociétés privées à revoir leurs
relations avec le régime birman en raison du recours systématique
au travail forcé. »
En 1996 déjà le représentant de Levi-Strauss
déclarait en quittant le pays quil devenait impossible
de commercer avec la Birmanie « sans soutenir directement le
gouvernement militaire et sa politique systématique de violation
des droits de lhomme »(2).
De nombreuses multinationales ont choisi de se retirer du Myanmar
refusant dêtre associées aux crimes massifs et
généralisés commis par les militaires birmans
au pouvoir(3).
TotalFinaElf demeure étrangement indifférente à
lindignation internationale. Ce nest pourtant pas faute
dans le chef du gouvernement légitime en exil (NCGUB) ainsi
que de la fédération clandestine des syndicats birmans
(FTUB) davoir réitéré leur opposition au
maintien des investissements de la multinationale. Aung San Suu Kyi
rappelait encore récemment qu« au début
des années 90, Total a offert lespoir de revenus substantiels
à une junte militaire qui venait de prendre le pouvoir par
la force, tout en servant de faire-valoir pour attirer dautres
investissements. Aujourdhui, le gazoduc de Yadana est devenu
un objet de fierté pour la dictature. Cet investissement lui
permet en outre de légitimer son pouvoir »(4).
Au-delà de sa caution morale à un régime brutal,
TotalFinaElf nest autre que le second poumon financier de la
narcodictature birmane : exploité depuis septembre 2000, le
gazoduc de Yadana rapportera entre 200 et 400 millions de dollars
annuels au gouvernement militaire. Or, plus de 40 % de son budget
sont consacrés à la modernisation et à la prolifération
de son appareil militaro-répressif(5)
- alors que la Birmanie nest pas un Etat en guerre si ce nest
contre son propre peuple - pendant quun unique centième
est investi concurremment dans la santé et léducation(6).
Cest dire linaudible supercherie des dirigeants de la
multinationale invoquant leur « politique dengagement
constructif dans un pays en développement » pour justifier
leur présence coupable.
On se souvient que le Gouvernement belge avait émis en septembre
2000 le projet dintroduire des critères éthiques
dans lattribution de marchés publics, avec lintention
de réexaminer le contrat de fourniture de carburant liant ses
administrations à TotalFinaElf. La Commission européenne
consultée a rendu un avis négatif estimant ladoption
de tels critères contraires aux principes de la libre concurrence.
La Belgique sest silencieusement résignée en laissant
les consommateurs choisir et les entreprises réagir.
Total nétant pas disposée à abandonner
les dictateurs birmans, il nous reste à boycotter radicalement
Total, avec ce signal fort aux responsables de la société
: nous demandons le gel de ses activités en Birmanie tant que
léradication du travail forcé et autres violations
nauront pas été officiellement observées
par les Organisations internationales.
Par notre « pouvoir dachat » de citoyen consommateur,
la liberté nous est offerte dagir en Belgique au service
de la démocratie en Birmanie. Car penser notre lien aux personnes
étrangères, cest certainement militer pour leurs
droits fondamentaux ici et sans relâche. Mais cest également
conditionner nos choix de consommaction à leur compatibilité
avec une mondialisation effective des droits de lhomme.
Pour Actions Birmanie
Véronique van der Plancke
1) Une mission de haut
niveau de l'Organisation internationale du travail (OIT) - qui acheva
à la mi-octobre 2001 une enquête de trois semaines en
Birmanie confirmait lampleur des violations des droits
fondamentaux.
2) Voy. : G. Millman, « Troubling Projects
», Infrastructure/Finance, Fév./Mars 1996.
3) Outre Levi-Strauss, citons notamment Reebok,
Carlsberg, Pepsico, Phillips Electronics, Motorola, Compaq Computers,
Walt Disney, Hewlett-Packard, Heineken, Apple Computer, Ericsson,
Amoco, Arco, Petro-Canada, Texaco,
Plus récemment, Carrefour
suite à une action de sensibilisation menée par
la Fédération Internationale des Ligues des Droits de
lHomme (F.I.D.H.) a déclaré en septembre
2001 quil ne recourrait plus à des fournisseurs birmans
pour lapprovisionnement de ses magasins. Triumph International,
première multinationale européenne en lingerie, a décidé
le 28 janvier 2002 de quitter la Birmanie en réaction au mouvement
international de protestation organisé en Belgique depuis janvier
2001 par la Campagne « Vêtements propres » et Actions
Birmanie.
4) Voyez lentretien dans Le Nouvel Observateur,
le 18 mai 2000.
5) Selon les informations transmises par la célèbre
agence de renseignement militaire Janes Defence Weekly, la Birmanie
a notamment procédé à lachat de 10 avions
de combat Mig-29 à la Russie au mois de janvier 2001, soit
trois mois après la perception des premières devises
provenant du Yadana.
6)Voyez larticle de « The Economist
» du 22/03/2002 qui précise que lOMS classe la
Birmanie 190ème pays sur 191 quant à létat
sanitaire qui règne sur son territoire. |

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