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Compte rendu de la séance du 25 avril 2000 à l'Assemblée Nationale française.
Question de Mme Marie-Hélène Aubert (députée Verts) au Gouvernement français    
Mme Marie-Hélène AUBERT

Ma question, à laquelle s'associe Pierre Brana, s'adresse à M. Védrine et concerne aussi le ministre de l'économie.
En 1994, l'Etat français apportait un soutien décisif, via la COFACE, au projet de gazoduc Yadana de Total, qui traverse la Birmanie sur une soixantaine de kilomètres, pour acheminer le gaz du golfe de Martaban à une centrale thaïlandaise près de Bangkok.

Or la Birmanie est sous le joug d'une junte militaire brutale et corrompue, qui a écrasé dans le sang il y a bientôt 10 ans la démocratie naissante suite aux élections remportées par le parti de Mme Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix. Ce régime vient d'être à nouveau très sévèrement condamné par l'ONU, pour son recours massif au travail forcé et ses multiples violations des droits de l'homme.

Comme l'a montré la mission d'information que nous avons menée pour la commission des affaires étrangères l'an passé, et comme l'a confirmé un reportage diffusé le 11 avril dernier par Canal Plus, l'armée birmane a saisi l'occasion de ce chantier pour se livrer à un véritable nettoyage ethnique, déportant des milliers de villageois avec une extrême violence vers des camps de réfugiés et utilisant le travail forcé pour le bénéfice indirect de l'entreprise Total au moins dans la phase préliminaire du chantier. Par ailleurs, Total a déjà versé quelques millions de dollars à cette junte connue pour vivre du narcotrafic, qui trouve là aussi une reconnaissance inespérée dont elle fait grand cas à l'étranger.

Voilà le bilan désastreux de l'investissement de Total, le plus important dans ce pays vivement déconseillé aux investisseurs. Un sinistre retomberait sur le contribuable français. Total nous ferait-elle alors payer le prix de sa coopération avec une dictature comme elle tente de nous faire payer les conséquences de la marée noire en Bretagne? Confronté au même problème, le Gouvernement britannique a demandé à Premier Oil de se retirer de Birmanie.

Que comptez-vous faire, puisque la politique de dialogue constructif prônée par la France n'a donné aucun résultat?
Qu'allez-vous faire pour assurer la transparence de l'industrie pétrolière? Les parlementaires n'ont même pas accès à la liste des projets soutenus par la COFACE. Pourtant, de tels investissements sont souvent contestés en Asie et en Afrique. L'heure est à la régulation économique. Voilà un domaine éminemment stratégique où elle doit s'exercer de toute urgence! (Applaudissements sur les bancs du groupe RCV et sur de nombreux bancs du groupe socialiste)


M. le Président

Je rappelle que les questions doivent être brèves… (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UDF et du groupe du RPR)


M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères

Il y a plusieurs années que le gouvernement birman est condamné et sanctionné. Il y a quelques jours encore, en Conseil des affaires générales, les Quinze ont confirmé les sanctions, en précisant les mesures prises à l'encontre des responsables du régime, qui ne doivent pas avoir de répercussions sur la population.

Notre part de marché dans ce pays est infime -0,5%-, contrairement à celle du Royaume Uni et des Etats Unis. De plus, la Birmanie étant un pays fermé sur lui-même, ne vivant pas de l'aide extérieure, son régime détestable est particulièrement peu sensible aux actions des pays étrangers. S'agissant de la présence de Total, je ne saurais reprendre les termes que vous avez employés. Nous sommes sensibles au fait que des entreprises occidentales puissent apporter leur contribution à l'amélioration du mode de vie des Birmans: j'ai donc écrit il y a quelques jours au PDG de Total en lui demandant de faire évoluer les conditions d'insertion de son entreprise dans ce pays (Applaudissement sur quelques bancs du groupe socialiste).