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Birmanie
Par Gaëtan Vanloqueren |
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Vision
critique de la situation actuelle en Birmanie. |
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Birmanie, 1990
: deux ans après avoir réprimé, dans le sang,
les manifestations pacifiques du peuple birman aspirant à la
démocratie, semblables aux événements de TienAnMen
en Chine, la junte militaire birmane organise puis annule des élections
législatives largement remportées par la L.N.D. (la
Ligue nationale pour la démocratie)(1).
Depuis lors, six-cent-mille travailleurs forcés, deux-mille-cinq-cents
prisonniers politiques et tout un peuple réprimé attestent
que la Birmanie est un concentré des violations des droits
de lhomme. Ils appellent la communauté internationale
à les soutenir par des sanctions commerciales. Belgique, 1999
: Louis Michel, nouveau ministre des Affaires étrangères,
annonce une politique extérieure fondée prioritairement
sur le respect et la promotion des droits de lhomme dans le
monde. Autriche, Pinochet : la politique extérieure belge prend
un nouveau tournant. Résistera-t-elle au test de la cohérence
vis-à-vis de la situation en Birmanie et de la nouvelle résolution
de lOrganisation internationale du travail relative au travail
forcé dans ce pays ?
La junte dialogue ! Vive la junte !
Dans les milieux diplomatiques internationaux, depuis quelques mois,
lorsque la situation actuelle de la Birmanie est évoquée,
loptimisme prudent est de rigueur. En effet, le régime
militaire birman du moins un de ses généraux
et Aung San Suu Kyi ont entamé un dialogue secret depuis
novembre 2000 : cest un fait acquis, dont on peut se réjouir
tant lévènement semble marquer un tournant majeur
dans lattitude de la junte birmane vis-à-vis de l
opposition (en réalité majorité démocratique
réprimée) depuis 1994. Ni le général Khin
Nyunt ni Aung San Suu Kyi nont cependant émis depuis
six mois le moindre commentaire sur le contenu et la qualité
de ce dialogue.
Lattitude dAung San Suu Kyi semble empreinte dune
grande prudence. On pourrait sétonner de ce quelle
nait pas profité de la rencontre avec la troïka
européenne, à la fin janvier 2001, pour répéter
une fois de plus à lEurope son appel à des sanctions
commerciales tant que le retour à la démocratie nest
pas assuré et que largent des investissements étrangers
continue à soutenir directement les généraux.
Il est vrai que ce faisant, elle se brulerait définitivement
vis-à-vis des généraux en leur offrant le prétexte
rêvé pour arrêter tout dialogue et lui faire porter
la responsabilité de son échec. Ainsi donc, elle semble
mettre, comme la grande majorité des acteurs locaux, de grands
espoirs dans ce dialogue.
Dans ce contexte, comment ne pas être prudemment optimiste,
en attendant, comme lEurope compte le faire, quelques mois supplémentaires
afin de voir si la junte envoie quelques signes de détente
supplémentaires (nouvelles libérations de quelques dizaines
de prisonniers politiques
), révélateurs dune
vraie volonté de changement des dictateurs? Comment
faire autrement que se reposer sur le silence temporairement obligé
dAung San Suu Kyi pour attendre, une fois de plus, que quelque
chose change comme par miracle ?
La junte nous trompe ? Attendons encore un
peu pour en être sûrs !
Il semble pourtant quun exercice de comparaison historique soit
utile pour prendre un recul critique vis-à-vis de la situation
actuelle. En effet, une rapide comparaison de la situation actuelle
avec celle prévalant à lété 2000,
complétée par les conclusions tirées de rencontres
récentes avec des acteurs clés de lavenir de la
Birmanie, nous fait sérieusement douter de la stratégie
européenne du wait and see.
Les différents pays européens, unis dans leur "Position
commune (interdiction de commerce darmes, de coopération
technique, de visas pour la junte, gel des avoirs
), doivent
très certainement éprouver des difficultés à
imposer leurs sanctions au Myanmar-Birmanie. En effet, avec le plus
grand des sérieux, nos pays sobligent à simposer
ces mesures pour parer au minimum face aux demandes des démocrates
birmans et garder la face lors de leurs rencontres officielles avec
ceux-ci, en visite à Bruxelles.
Il est évident que cette consensuelle Position commune
reflète la diversité des choix politiques des partenaires
européens. Les résistances de plusieurs États
ont déjà été épinglées :
la France, par exemple, espère certainement pouvoir lever les
sanctions dès que possible, afin de se sortir de cette situation
ambigüe qui la voit, dune part, dénoncer publiquement
les violations des droits de lhomme par une des pires dictatures
du globe et, dautre part, privilégier ses propres intérêts
stratégiques et commerciaux en soutenant des investissements
privés nationaux(2)
qui profitent directement à la répression organisée
par le régime militaire.(3)
Dans ce contexte, les petits jeux des dictateurs birmans
envers lOccident semblent bien être terriblement efficaces
à faire échouer tout rééquilibrage de
la donne internationale en faveur des démocrates birmans. Comme
nous laurons loccasion de le détailler plus loin,
depuis novembre 2000, un évènement politique important,
la résolution de lOrganisation internationale du travail
condamnant le travail forcé, est presque niée par les
gouvernements étrangers, aveuglés semble-t-il par le
dialogue naissant et les faux progrès du régime militaire.
Cette fois-ci, en janvier 2001, cest bien laccueil favorable
réservé à la troïka européenne, la
directive spéciale du régime abolissant (sur papier)
le travail forcé, loptimisme du dialogue et la libération
de quatre-vingt-cinq prisonniers politiques qui ont forcé beaucoup
de décideurs politiques à croire que la junte militaire
envoyait un message positif. Il était donc important de ne
prendre aucun risque de la froisser et dainsi faire peut-être
échouer le dialogue naissant.
Le Conseil de ministres européens se forçait-il en quelque
sorte à croire que la situation était, et est toujours,
meilleure quen septembre 2000?
Rien de pire que la mémoire sélective
Pour mesurer déventuels progrès, il est intéressant
de remonter avant septembre 2000 : il suffit de se remémorer
la situation qui prévalait un mois plus tôt. Cette mise
en perspective permet une autre lecture : celle dun scénario
où la junte militaire bluffe la communauté internationale.
Dans ce récent exemple, ces quatre-vingt-cinq citoyens birmans
étaient encore libres en aout 2000 : ils ont été
emprisonnés justement depuis septembre 2000, pour avoir simplement
été présents à la gare de Rangoon pour
manifester leur soutien à Aung San Suu Kyi lorsquelle
tentait de prendre le train pour participer à un meeting de
son parti. On se réjouit donc maintenant de la libération
de quatre-vingt-cinq personnes, qui étaient encore libres il
y a quelques mois, qui ont été emprisonnées pour
des motifs politiques et qui ne sont quune goutte deau
parmi les deux-mille-cinq-cents prisonniers politiques que comptent
les prisons birmanes (selon lAssociation daide aux prisonniers
politiques).
Au rythme de quatre-vingt-cinq libérations par mois (ce qui
serait exceptionnel), la junte peut faire avancer le dialogue
pendant vingt-neuf mois ! Et si, entre-temps, elle en emprisonne de
nouveaux, le calcul est simple. Cest celui que les généraux
font depuis dix ans. Et il fonctionne parfaitement bien, car nos décideurs
politiques européens (américains, asiatiques
)
font tout pour fermer les yeux. Ils oublient que durant la même
période, le régime militaire (les criminels contre lhumanité)
vient dengranger plus de 270 000 000 dollars à la suite
de la vente de gaz à la Thaïlande grâce au gazoduc
de Total-Fina. Veulent-ils oublier quil y a quelque mois à
peine, la junte achetait pour plus de deux milliards de francs darmes
et équipements militaires à la Chine ? Dans ces conditions,
relâcher quatre-vingt-cinq prisonniers politiques nest
quun calcul de la junte pour apaiser la communauté internationale
et ainsi renvoyer aux calendes grecques toute initiative de sanctions
commerciales. Et attirer bientôt les investisseurs?
Il est étonnant que ces petits jeux des dictateurs
birmans obtiennent encore autant de crédit auprès des
diplomates et responsables politiques européens, tant ils ont
été nombreux depuis cinquante ans. Oublie-t-on que le
régime, dans sa volonté dapaiser la communauté
internationale, alla jusquà se doter dune Constitution
en 1974 et quen 1990, des élections législatives
ont été organisées, puis annulées? Plus
récemment, en 1994, un dialogue avec Aung San Suu Kyi avait
même été publiquement annoncé à
la télévision nationale.
Sans véritables sanctions économiques et il faut
bien avouer que les sanctions européennes sont avant tout diplomatiques
, les dictateurs birmans restent en réalité confortablement
installés dans leur fauteuil. Prenant pour modèle leur
grand frère chinois, ils appliquent une stratégie qui
a fait ses preuves vis-à-vis de la communauté internationale
: une fois les démocrates sous contrôle, on accroit la
répression sans autre but que de provoquer les indignations
des Occidentaux avant daccorder quelques libertés
et de poser quelques gestes, certes superficiels, mais qui convainquent
et rassurent les Occidentaux de lutilité de leur diplomatie.
Double résultat : répression locale identique ou renforcée,
mais détente sur la scène internationale et reprise
des investissements.
Est-ce par simple négligence que cette deuxième lecture
de la situation birmane, dailleurs fort bien expliquée
par un journaliste de The Economist(4),
qui évoque la possibilité que la junte peut en fait
se permettre ce dialogue, tant la situation est à son avantage,
nobtient quune faible crédibilité dans les
chancelleries occidentales ?
LO.I.T. lance un pavé dans la
mare
Cela faisait des années que les démocrates birmans,
par la voix de leurs ministres en exil ou dAung San Suu Kyi,
appelaient les firmes étrangères à se retirer
de leur pays et à éviter tout investissement en Birmanie.
Les États-Unis avaient déjà interdit tout nouvel
investissement, sans toutefois gêner leurs entreprises déjà
sur place. LEurope avait, elle, réagi en répondant
par sa Position commune . Les démocrates birmans
navaient donc reçu des gouvernements démocratiques
aucune réponse positive et concrète à leurs appels,
comme si la voix délus assignés à résidence
par des dictateurs ne comptait pas. Comme si les principes de la démocratie
sarrêtaient là où celles des relations internationales
commencent.
Mais, en juin 2000, la Conférence internationale du travail
a utilisé un article de sa constitution qui navait jamais
été utilisé en quatre-vingts années dexistence.
Lors de sa quatre-vingt-huitième session, dans une résolution
exceptionnelle relative au travail forcé en Birmanie, et à
la suite de labsence de progrès constaté par une
enquête de deux ans, elle a recommandé à tous
ses États membres de prendre les mesures appropriées
afin que leurs relations avec la Birmanie ne puissent être
mises à profit par le régime pour perpétuer ou
développer le système de travail forcé .
Joints à la résolution, des rapports denquête
prouvent que la pratique du travail forcé est érigée
en système dÉtat, que celui-ci est systématique
dans la plupart des secteurs dactivités militaires et
économiques : par exemple, tous les secteurs travaillant des
produits dexportation (teck, hydrocarbures
) y ont recours.
Sous les termes très diplomatiques de revoir leurs relations
commerciales , on peut donc raisonnablement affirmer que lO.I.T.
invite tous les gouvernements à stopper leurs relations commerciales
(cest-à-dire importations, exportations et investissements)
avec la Birmanie, afin de faire pression sur la junte, pour que cesse
le travail forcé.
Mais malheureusement, dans un formidable élan dincohérence,
les gouvernements nont pas répondu immédiatement
et positivement à cette résolution en mettant en uvre
les mesures recommandées. Malgré toutes les mauvaises
excuses possibles ( progrès en Birmanie ,
fragile dialogue prometteur
), oublient-ils quils
sont eux-mêmes partie prenante de lorganisation internationale
qui est à la base de cette résolution de juin 2000 ?
La démocratie semble bien évoluer à petit pas
dans les relations internationales...
Ecoutons les birmans qui peuvent parler
Pour prendre les bonnes décisions, ici, en Europe, face à
ce schéma complexe, celles qui renforceront les démocrates
birmans, ne serait-il pas nécessaire découter
les Birmans qui peuvent parler librement, au contraire dAung
San Suu Kyi pour le moment ? Les ministres du N.C.G.U.B. (le gouvernement
birman en exil, issu des élections annulées de 1990)
ne sont-ils pas les mieux placés pour nous aider à décoder
la situation et nous conseiller quant au meilleur soutien que, dans
létat actuel des choses, nous pouvons apporter aux démocrates
birmans ?
Ceux-ci nont dailleurs pas changé dattitude
: ils étaient présents les 6 et 8 février à
Bruxelles, pour une rencontre intereuropéenne de tous les groupes
soutenant les démocrates birmans et aussi pour adresser leurs
demandes à quelques membres de lAssociation des élus
pour la Birmanie.
Le Dr Tint Swe, ministre du N.C.G.U.B. insiste : Tant que la
situation des droits de lhomme ne sest pas améliorée,
que la liberté de parti et de presse nest pas garantie,
que les milliers de prisonniers politiques ne sont pas libérés,
alors il ne faut pas moins de sanctions (envers le Myanmar-Birmanie).
Pour lui, comme pour Saw David Thakarbaw, haut dignitaire de
lUnion nationale de la minorité des Karen, tant que de
vrais changements sur le terrain nont pas lieu, le dialogue
quil espère fructueux nest pas véritable.
Il appelle dailleurs lEurope à soutenir ce dialogue.
Lorsquon lui demande si le meilleur soutien que lEurope
peut apporter aux démocrates birmans est la mise en uvre
des sanctions commerciales qui découlent des mesures prises
par lO.I.T. en novembre, Tint Swe répond : Oui.
Les mesures de lO.I.T. sont efficaces : elles font peur à
la junte ! Nous navons pas encore vu de pays les mettre en uvre
réellement. La Belgique pourrait augmenter la pression durant
sa présidence européenne afin que lEurope prenne
des sanctions commerciales. Les mesures de lO.I.T. nécessitent
le soutien de lEurope. Si lEurope ne peut le faire, alors
nous encourageons la Belgique à prendre des sanctions seule.
Les démocrates birmans sont donc unanimes
Georges Dallemagne, sénateur et membre de lAssociation
des Elus pour la Birmanie, et un membre dActions Birmanie ont
dailleurs pu récolter beaucoup dautres témoignages
similaires lors dune mission en Birmanie et en Thaïlande
en février 2001. La majorité des interlocuteurs, même
optimistes face au dialogue, ont insisté sur le fait que celui-ci
ne sera véritable que lorsque de réels progrès
auront eu lieu.
Par ailleurs, les représentants birmans entre autres
de cinquante-trois organisations de défense de la démocratie
en Birmanie, venant dune trentaine de pays et réunis
à Bangkok pour une rencontre stratégique internationale,
ont tous appelé la junte militaire à démontrer
sa bonne volonté par quelques gestes : en relâchant tous
les prisonniers politiques, en permettant les activités des
partis politiques, en arrêtant les offensives militaires en
cours et en cessant toutes les formes de travail forcé.
Pour eux, le dialogue devant aboutir à une réconciliation
nationale doit devenir tripartite, en incluant les représentants
des différents groupes ethniques, car les Birmans sont conscients
que tout progrès durable devra inclure un travail de coordination
interethnique. Ils ont aussi insisté pour que les gouvernements
occidentaux adoptent les mesures de lO.I.T.
et la Réponse belge est incomplète
Les réponses occidentales à la résolution de
lO.I.T. ont donc été tardives et timides : aucun
État na encore eu le courage de mettre en uvre
concrètement ces mesures.
On a aussi laissé entendre que la Belgique avait donné
la moins mauvaise réponse européenne .
Notre gouvernement a notamment évoqué le boycott gouvernemental
de Total-Fina, la récente décision dintroduction
de critères éthiques dans lattribution des marchés
publics, et il a donné lassurance quil examinerait
de près la situation en Birmanie lors de sa présidence
européenne. La Belgique sest en réalité
surtout défendue de ne pas avoir été plus loin
en affirmant que son commerce bilatéral était
minimal et que la compétence commerciale était
essentiellement européenne .
Notre nouvelle politique extérieure sarrêterait-elle
justement là où les implications sont minimales
? Notre stratégie de petit pays au sein de lUnion
européenne ne devrait-elle pas être, justement, de poser
des actes originaux et novateurs, là où les grands
ne prétendent pas prendre linitiative ?
Lannonce dun arrêt de nos relations commerciales
avec la Birmanie, outre quelle aurait satisfait les démocrates
convaincus de notre propre pays (en matière de travail forcé,
rappelons que la légitimité de lO.I.T. est égale
à celle du Tribunal pénal international pour les crimes
de guerre en Yougoslavie, par exemple), aurait pourtant soulevé
une vague despoirs en Birmanie et peut-être même
des annonces similaires dans dautres pays européens.
Rappelons-nous également le précédent sud-africain,
où les mesures de boycott, démarrées par des
associations citoyennes, nont porté leur plein effet
de pression économique que lorsquelles furent relayées
par les organisations internationales. Dès lors, il est difficilement
compréhensible que notre gouvernement, dans sa volonté
de fonder sa politique extérieure sur la promotion des droits
de lhomme dans le monde, ne mette pas tout en uvre pour
que la Belgique donne aux recommandations de lO.I.T. (et aux
élus birmans) une réponse digne de lapplication
stricte des principes démocratiques dans les relations internationales.(5)
Stratégie cohérente dans tous
les cas
Sur la base dune analyse critique de la situation et en faisant
lhypothèse que le dialogue peut être réel,
on ne peut donc nier que la confrontation entre la junte militaire
et les démocrates birmans na pas changé : la situation
na pas vraiment progressé en Birmanie ces derniers mois.
Le dialogue apporte un seul changement significatif et essentiel :
larène de la confrontation est maintenant politique.
Et cela arrange les démocrates : ils nont pas darmes.
Ils ont donc tout à gagner dun dialogue politique et
non violent. Mais lissue du dialogue dépendra avant tout
du rapport des forces entre les deux parties. Les démocrates
birmans connaissent aussi bien que nous létat actuel
de celui-ci : cest pour cela quils nous encouragent à
prendre des sanctions commerciales, à respecter et mettre en
uvre les recommandations de lO.I.T. Ils savent que les
sanctions commerciales affaibliront la junte bien plus que ne le font
les maigres sanctions actuelles. Ils savent que si la communauté
internationale met en uvre ces mesures, ce sont eux qui en sortiront
renforcés et pourront ainsi dialoguer avec plus de poids face
aux militaires.
Finalement, certains craignent le pire : si les mesures de lO.I.T.,
qui ont été un facteur clé pour forcer la junte
militaire à entamer un dialogue, ne sont pas suivies réellement
par les États membres, la junte pourrait bien mettre fin au
dialogue.
Finalement, ne devrait-on donc pas adopter ici en Europe une stratégie
cohérente : celle qui sera efficace aussi bien dans le cas
où la junte bluffe pour apaiser la communauté internationale
que dans celui où elle est sincère dans sa volonté
de dialoguer ?
Notre gouvernement, et particulièrement notre ministre des
Affaires étrangères, souhaite redorer le blason de notre
politique extérieure et centrer celle-ci sur la promotion des
droits de lhomme. Dans ce contexte, la situation birmane ne
constitue quun des problèmes internationaux vis-à-vis
desquels notre pays doit se situer : Tchétchénie, Israël
et bien évidemment République démocratique du
Congo en sont dautres, tout aussi importants. Mais pourquoi
ne pas commencer par prendre des décisions vis-à-vis
du pays où la relève démocratique est assurée
et nous a apporté depuis dix ans toutes les garanties de sérieux,
vis-à-vis du pays pour lequel les décisions à
prendre sont encadrées de règles internationales neuves,
claires et prises en toute transparence au sein de lO.I.T.,
reflétant les demandes des vrais représentants démocratiques
du pays concerné et dont les implications, minimales ici, ont
un important effet multiplicateur potentiel ?
Notre ministre libéral des Affaires étrangères
peut-il se permettre dêtre plus faible sur un dossier
aux enjeux commerciaux directs ? La venue récente à
Bruxelles dun des dignitaires de la junte dans le cadre dune
réunion internationale a reçu laccord de la Belgique,
ce qui ne peut pas rassurer quant à la position de Louis Michel.
La Belgique naura la légitimité dappeler
lEurope à la suivre que lorsquelle aura, symboliquement
mais concrètement, mis en uvre les mesures recommandées
par lO.I.T. La prochaine étape sera alors dintroduire
à lordre du jour du Conseil de sécurité
des Nations unies la résolution de sa propre organisation.
Ce schéma est le seul réaliste pour forcer ensuite le
Japon, lInde, la Chine et toutes les nations du Sud-Est asiatique
à exercer elles aussi leurs pressions commerciales et diplomatiques
sur les militaires birmans.
1) Parti démocratique mené par Aung
San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix.
2) Le gazoduc de Yadana de Total-Fina, bien sûr.
3) On pourrait également mentionner, au-delà
des sanctions elles-mêmes, les problèmes d'application
de celles-ci, comme l'interdiction de visa et le gel des avoirs bancaires,
qui perdent de leur force symbolique quand on apprend que des membres
de la junte ont été invités par des Français
aux matchs de foot de l'Euro 2000, ou encore, qu'un membre de la junte
est décédé dans un hôpital anglais.
4) Voir ( "Presse
et Média" ).
5) Il faut encore et toujours rappeler que ces mesures
d'arrêt des relations commerciales n'ont rien à voir
avec le boycott occidental imposé à l'Irak : ces
mesures sont bien une demande explicite des dˇmocrates birmans (comme
ce le fut en Afrique du Sud) et non une dˇcision occidentale. |
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