"L'ouverture de l'enquête
est une excellente nouvelle pour notre association." Même
si elle s'y attendait, Samira Daoud, coordinatrice de l'association
Sherpa, se réjouit de la décision du tribunal de Nanterre
qui a déclaré recevable la plainte de deux travailleurs
birmans contre Thierry Desmarest, PDG de TotalFinaElf, et Hervé
Madeo, ancien directeur des activités du groupe en Birmanie.
Les deux ouvriers, qui se trouvent actuellement en Asie du Sud-Est,
avait mandaté en août 2002 l'avocat William Bourdon pour
déposer une plainte pour "crime de séquestration"
dans le cadre de la construction d'un gazoduc. La plainte va donc
faire l'objet d'une instruction menée par la juge Catherine
Cornier.
La qualification des faits choisie par le tribunal de Nanterre n'est
toutefois pas exactement celle souhaitée par les plaignants
et les associations. Selon Le Monde du 19 octobre 2002, le parquet
a en effet estimé que le chef relève du simple délit
et non du crime. Cette nuance pourrait se révéler de
taille puisqu'en matière de délit le délai de
prescription est de trois ans et que la construction du gazoduc remonte
à 1995. L'affaire pourrait donc être classée pour
prescription des faits poursuivis. Thomas Fell, responsable au service
de communication du groupe pétrolier, ne manque pas de souligner
ce point. "Par ailleurs, TotalFinaElf n'a, pour l'instant, eu
accès à aucun document."
Pour les militants d'associations de défense des droits de
l'Homme, l'instruction devrait permettre de récolter de nouveaux
éléments de preuve à charge. La juge d'instruction
pourra notamment exiger de TotalFinaElf le contrat de partenariat
passé entre Total et les autres entreprises associées
à la construction du gazoduc. Celui-ci a été
réalisé entre 1994 et 1995 par un consortium dirigé
par la société française. La nature du partenariat
entre Total et la MOGE (Myanmar Oil and Gas Entreprise), l'entreprise
d'Etat birmane membre du consortium, intéresse particulièrement
les associations. "La juge sera amenée à éclaircir
le rôle des militaires birmans présents sur le chantier",
affirme Samira Daoud.
Selon les plaignants, l'armée était rétribuée
par le groupe pour encadrer les travailleurs et les retenir de force
sur le chantier. La compagnie française aurait ainsi eu recours
à des travailleurs forcés.
De son côté, le service de communication de TotalFinaElf
nie totalement toute relation contractuelle avec les militaires en
justifiant la présence de ceux-ci par des problèmes
de guerre civile. "Comme dans d'autres pays où le groupe
travaille, la sécurité des installations et du personnel
est assurée par l'Etat, soulignait déjà un communiqué
de presse en avril 2000, La main d'?uvre locale que ces sociétés
ont employé était exclusivement adulte, volontaire et
rémunérée suivant des standards établis
par la filiale en charge du projet." Pour prouver sa bonne foi,
TotalFinaElf invite par ailleurs les journalistes qui le souhaitent
à visiter ses installations en Birmanie, tous frais payés. |