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19 octobre 2002
Par Marc Brossard (www.novethic.fr)
Une enquête est ouverte sur un ancien chantier de Total en Birmanie    
"L'ouverture de l'enquête est une excellente nouvelle pour notre association." Même si elle s'y attendait, Samira Daoud, coordinatrice de l'association Sherpa, se réjouit de la décision du tribunal de Nanterre qui a déclaré recevable la plainte de deux travailleurs birmans contre Thierry Desmarest, PDG de TotalFinaElf, et Hervé Madeo, ancien directeur des activités du groupe en Birmanie. Les deux ouvriers, qui se trouvent actuellement en Asie du Sud-Est, avait mandaté en août 2002 l'avocat William Bourdon pour déposer une plainte pour "crime de séquestration" dans le cadre de la construction d'un gazoduc. La plainte va donc faire l'objet d'une instruction menée par la juge Catherine Cornier.
La qualification des faits choisie par le tribunal de Nanterre n'est toutefois pas exactement celle souhaitée par les plaignants et les associations. Selon Le Monde du 19 octobre 2002, le parquet a en effet estimé que le chef relève du simple délit et non du crime. Cette nuance pourrait se révéler de taille puisqu'en matière de délit le délai de prescription est de trois ans et que la construction du gazoduc remonte à 1995. L'affaire pourrait donc être classée pour prescription des faits poursuivis. Thomas Fell, responsable au service de communication du groupe pétrolier, ne manque pas de souligner ce point. "Par ailleurs, TotalFinaElf n'a, pour l'instant, eu accès à aucun document."
Pour les militants d'associations de défense des droits de l'Homme, l'instruction devrait permettre de récolter de nouveaux éléments de preuve à charge. La juge d'instruction pourra notamment exiger de TotalFinaElf le contrat de partenariat passé entre Total et les autres entreprises associées à la construction du gazoduc. Celui-ci a été réalisé entre 1994 et 1995 par un consortium dirigé par la société française. La nature du partenariat entre Total et la MOGE (Myanmar Oil and Gas Entreprise), l'entreprise d'Etat birmane membre du consortium, intéresse particulièrement les associations. "La juge sera amenée à éclaircir le rôle des militaires birmans présents sur le chantier", affirme Samira Daoud.
Selon les plaignants, l'armée était rétribuée par le groupe pour encadrer les travailleurs et les retenir de force sur le chantier. La compagnie française aurait ainsi eu recours à des travailleurs forcés.
De son côté, le service de communication de TotalFinaElf nie totalement toute relation contractuelle avec les militaires en justifiant la présence de ceux-ci par des problèmes de guerre civile. "Comme dans d'autres pays où le groupe travaille, la sécurité des installations et du personnel est assurée par l'Etat, soulignait déjà un communiqué de presse en avril 2000, La main d'?uvre locale que ces sociétés ont employé était exclusivement adulte, volontaire et rémunérée suivant des standards établis par la filiale en charge du projet." Pour prouver sa bonne foi, TotalFinaElf invite par ailleurs les journalistes qui le souhaitent à visiter ses installations en Birmanie, tous frais payés.