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Le Monde, Dimanche 9 avril 2000
90 MINUTES : TOTAL EN BIRMANIE.
Une enquête accablante sur le soutien indirect de la firme pétrolière au régime birman
   

MARDI 11 AVRIL 20h40 Canal+: Les forçats de l'or noir

EN installant un gazoduc en Birmanie, la compagnie française TotalFinaElf (TFE) cautionne-t-elle les pratiques du régime birman, dictature militaire mise au ban des nations démocratiques en raison de son triste record en matière de droits de l'homme? C'est la question à laquelle a tenté de répondre "Total en Birmanie: l'autre scandale", enquête de l'émission "90 Minutes", réalisée par Michel Despratz, Luc Hermann et Patrice Des Mazery. Ils ont mené une investigation clandestine, précise, argumentée, fourmillant de détails accablants, et, in fine, très polémique.

Sur la frontière birmane, côté thaïlandais, les journalistes ont retrouvé des déserteurs de l'armée du régime de Rangoon qui confirment que la main-d'oeuvre fut utilisée de force pour réaliser des travaux liés au chantier. D'autres Birmans, employés et payés par Total, parlent de l omniprésence de l'armée sur le site de la construction du gazoduc. Enfin, des villageois habitant dans les zones où restait active la guérilla de l'ethnie karen, affirment avoir été contraints de travailler pour les militaires censés protéger le chantier contre d'éventuelles incursions des séparatistes.

Les enquêteurs de "90 Minutes" se sont aussi rendus officiellement sur le site du chantier. Le responsable de Total Birmanie, Michel Viallard, a reconnu "avoir eu, à l'origine du projet, connaissance de l'utilisation par l'armée de travail forcé. Nous avons donc pris la décision de rémunérer les gens et de faire en sorte de ne plus avoir affaire à la population locale". Pour les auteurs de l'enquête, il s'agit bien là d'un aveu, même si, en l'occurrence, la plus grave accusation pesant sur Total est d'avoir fermé les yeux sur des pratiques dont elle n'est pas, en soi, directement responsable. Des documents secrets émanant de l'ambassade américaine à Rangoon confirment l'utilisation de travail forcé par les militaires. Ce qui donne un autre poids aux accusations portées, par ailleurs, contre un consortium regroupant non seulement Total mais aussi la compagnie birmane MOGE et le pétrolier américain Unocal, partenaire du projet "Yadana", contre lequel une action en justice est actuellement menée quatorze victime du travail forcé. Un avocat américain, basé à Bangkok, dresse ainsi un violent réquisitoire contre les militaires assurant la protection du site, affirmant que les "bataillons birmans ressemblent à une armée d'occupation, forcent les paysans à cultiver du riz pour eux, réquisitionnent leurs maisons et les recrutent de force".

Egalement au sommaire: Quartier mineurs , un intéressant reportage à Fleury-Mérogis, et un sujet contestable sur Les Zones d'ombre de l'affaire Dutroux .

Bruno Philip