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Un journaliste d'opposition (NLD) condamné à vingt-et-un ans de prison    
Communiqué de presse de Reporters Sans Frontières:
Liberté de la presse 26 décembre 2000


Dans une lettre adressée au vice-président du Conseil d'Etat pour la paix et le développement (junte au pouvoir), le général Maung Aye,
Reporters sans frontières (RSF) a vivement protesté contre la condamnation à vingt-et-un ans de prison d'Aung Myint, alias Phya Pon Ni Loan Oo, journaliste d'opposition. L'organisation de défense de la liberté de la presse a demandé au vice-président de tout mettre en
|uvre pour "obtenir la libération immédiate du journaliste qui n'a fait qu'exprimer ses opinions". RSF a rappelé que dans un document
daté du 18 janvier 2000, le rapporteur spécial sur la liberté d'opinion et d'expression de la Commission des droits de l'homme des
Nations unies a souligné que "l'emprisonnement en tant que condamnation de l'expression pacifique d'une opinion constitue une
violation grave des droits de l'homme." Cette condamnation d'un journaliste membre de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) à
une très lourde peine de prison intervient au moment même où des contacts ont été rétablis entre la Birmanie et l'Union européenne.
"Dans ce contexte particulièrement répressif, les Etats européens doivent imposer des préalables à la reprise du dialogue," a précisé
Robert Ménard, le secrétaire général de l'organisation. Il a également demandé au général Maung Aye de garantir la libération des
douze journalistes et éditeurs birmans actuellement détenus dans les prisons insalubres du pays. Selon des informations récentes,
plusieurs d'entre eux, notamment Win Tin, San San Nweh, Soe Thein et Sein Hla Oo, sont dans un état de santé très préoccupant. Reporters sans frontières a déjà dénoncé l'attitude criminelle de la junte militaire qui laisse croupir des centaines de dissidents dans des
prisons mouroirs. Selon les informations obtenues par RSF, Aung Myint, alias Phya Pon Ni Loan Oo, journaliste, poète et responsable de l'information à la Ligue nationale pour la démocratie (LND), à Rangoon, a été condamné, le 20 décembre, à vingt et un ans de prison par un tribunal militaire. Il avait été arrêté, le 14 septembre 2000, par des agents de l'Unité 14 du Military Intelligence Service (MIS, services secrets militaires dirigés par le lieutenant général Khin Nyunt) et détenu depuis à la prison d'Insein. Le journaliste d'opposition a été
reconnu coupable d'avoir violé les lois d'urgence (State Protection et Emergency Provision Acts). Kyaw Sein Oo, son assistant à la LND,
a, quant à lui, été condamné à sept ans de prison en vertu de la loi sur la presse, Printers and Publishers Registration Act. La justice
militaire reproche au journaliste et à son assistant d'avoir diffusé des informations concernant la répression contre la LND aux agences
de presse internationales et à des diplomates occidentaux basés dans la capitale birmane. En septembre dernier, Aung San Suu Kyi, prix
Nobel de la Paix, avait été empêchée par des militaires, de sortir en voiture de Rangoon. Aung Myint et son assistant avaient écrit et
distribué, quelques heures après l'incident un communiqué de presse aux correspondants de la presse internationale et à certaines
ambassades étrangères à Rangoon. L'opposante était restée bloquée plusieurs jours en rase campagne. Elle a été depuis placée en
résidence surveillée.

Quatre autres membres de la LND ont été condamnés à de lourdes peines par le tribunal militaire, notamment Saw Nine Nine, parlementaire de la LND, élu en mai 1990.

Aung Myint, alias Phya Pon Ni Loan Oo, âgé d'une cinquantaine d'années, a commencé sa carrière au journal officiel Botahtaung, dans
les années 80, en écrivant des articles et des poèmes satiriques. De 1983 à 1988, il a travaillé pour le magazine Pay-ful-lwa (Le message) dirigé par Tim Moe, journaliste aujourd'hui exilé après plusieurs années passées en prison. Le mensuel a été interdit en 1990 par les militaires. En 1988, Aung Myint a rejoint le magazine Cherry. En 1997, le journaliste a été arrêté par les militaires et condamné à
deux ans de prison. A la fin de sa peine, les autorités lui ont interdit de travailler pour le magazine Cherry. En 1999, il devient
responsable du département de l'information de la LND à Rangoon. Son nom est alors banni de toutes les publications du pays. Récemment, il a écrit un article "Où en sont la liberté de mouvement et la liberté d'expression dans le Pays doré ?", distribué clandestinement aux militants de la LND.