Travail forcé, déportations massives, nettoyages ethniques, exécutions sommaires,... L'éventail des méthodes répressives administrées par la junte à ses citoyens est sans limite de cruauté. En plongeant tout un pays dans le mensonge et la suspicion, les généraux ont mis au point l'un des systèmes tyranniques les plus psychiquement destructeurs: l'occultation, la tromperie, le flicage, le népotisme, la corruption et la terreur sont ici pratiqués à l'échelle d'un Etat tout entier.

Que reste-t-il à ces hommes, ces femmes et ces enfants dans un pays où même le seul fait d'adresser la parole aux touristes est punissable d'une peine de prison ferme? En Birmanie, la méfiance est à son comble. Feinte par dignité et sécurité mais perceptible malgré les efforts de la junte pour travestir la réalité. Dans un pays où beaucoup de choses font défaut, chacun n'a plus que ses mains pour porter, tirer, ramer, pêcher, prier... survivre. Au-delà du fatalisme et de la crainte, l'abnégation et la dignité ne les ont pas quitté. Par ces quelques images, j'ai voulu témoigner de cette quotidienneté si laborieuse et du courage avec lequel les Birmans font face à leur condition.

Sachant que nombre d'exactions sont liées au tourisme, il est impossible d'ignorer l'un des souhaits formulés par les démocrates birmans. Celui-ci tient en une ligne: pas de tourisme en Birmanie. "Quand la Birmanie sera démocratique, les touristes seront les bienvenus et pourront, sans mauvaise conscience, apprécier leur séjour" a maintes fois répété la prix Nobel Aung San Suu Kyi. Alors ils auront une chance de découvrir une Birmanie libérée de la peur et du joug, une Birmanie hors des parcours balisés et des guides imposés.

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