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Maung Maung Tinn
copyright © (2003) Icra International |
MAUNG MAUNG TINN
Quand on entre dans lenceinte de la clinique du Dr Cynthia
pour la première fois, on est souvent accueilli par un
petit homme, très maigre, habillé avec un longy
(la jupe des hommes birmans et karens). Cest lui que vous
fait faire le tour de la clinique en expliquant avec de courtes
et brèves phrases en bon anglais, la situation en Birmanie.
Souvent aussi, il va vous inviter à prendre un café
et il va continuer à parler. Il va insister pour vous offrir
une boisson, disant : « Cest moi le boss ! ».
Après, peut-être va-t-il dire : «Pourrais-je
vous poser une question ? ». Sa curiosité et sa soif
de connaître le monde et les gens au delà du petit
enclos de la clinique sont énormes.
Si vous passez un peu de temps avec lui, vous apprécierez,
sa sensibilité, ses points de vue, sa générosité;
vous allez connaître son côté excentrique et
son tempérament artistique. Vous ne loublierez jamais.
Maung Maung Tinn, c'est son nom, ne parlera ni ne se vantera jamais
de ses peintures. Seulement, si on le lui demande, il est content
de vous montrer des photos. Habituellement il na pas de
tableaux avec lui, seulement ce quil est en train de faire
au moment-même. Tous les tableaux sont dores et déjà
partis pour plusieurs pays du monde, donnés à des
bénévoles qui ont travaillé à la clinique,
à des donateurs ou sont exposés pour faire connaître
la situation en Birmanie.
Maung Maung Tinn est né en Birmanie, sa mère Karen
et son père Shan/Birman, dans un petit village de létat
Karen. Son père était charpentier et sa maman travaillait
à la maison. Maung Maung Tinn, le cadet de la famille,
ne parvint à aller que de rares fois à lécole
primaire. Il y avait juste assez pour manger et se vêtir.
Il na jamais eu de jouets.
Quand il est né, son village était dans une région
sous le contrôle de la KNU (Unité Nationale Karen).
Après, il passa sous le contrôle du gouvernement
Birman (ancien SLORC appelé actuellement SCDP) et enfin
sous le contrôle de la DKBA (Armée Karen Bouddhiste).
Pour des villageois que ne sont pas informés ni seulement
conscients des enjeux politiques, cela veut dire être sans
pouvoir ni défense, livrés au bon vouloir de lune
ou lautre de ces armées doccupation et devoir
sabaisser à leur demander argent, nourriture et travail.
Sa formation
Quand il eut onze ans, sa grand-mère lamena vivre
avec elle en ville, en lui donnant la possibilité daller
à lécole. Il finit lécole secondaire,
et en 1988 il alla à Pa-an, la capitale de létat
karen, pour commencer un cycle universitaire.
Mais, après seulement quelques mois, luniversité
fut fermée suite à linsurrection des étudiants
d'août 1988. Insurrection qui fut réprimée
très violemment par larmée gouvernementale
et qui prit fin dans un bain de sang. Maung Maung Tinn, est par
nature une personne non-violente et il retourna dans son village.
Il commença à peindre très jeune. Sil
pouvait trouver des crayons, il pouvait dessiner pendant des heures.
Sa grand-mère avait une petite boutique ou, pendant les
fins de semaine, il passait la majorité du temps à
dessiner.
Les couleurs pour peindre étaient toujours trop chères
et il ne pouvait les utiliser que très rarement à
lécole. A lécole secondaire il commença
à peindre les décorations pour des célébrations
annuelles, et pour la première fois il utilisa laquarelle.
Pendant un été, il reçu la seule formation
à la peinture de sa vie : pour un mois il pu aller apprendre
chez un artiste local. Cest cet artiste qui linitia
à la technique de laquarelle, laquelle est restée
aujourdhui encore son mode dexpression préféré.
L'exil
Maung Maung Tinn quitta la Birmanie en 1994, échappant
au désespoir économique et aux préjugés
ethniques. Il marcha à travers la forêt pendant des
semaines. Il du sarrêter plusieurs fois dans des villages.
En 1995, il arriva finalement dans la clinique du Dr Cynthia à
Mae Sot, une petite ville de Thaïlande située à
3 kilomètres de la frontière birmane.
Il sunit à la communauté des birmans et karens
qui vivent illégalement dans la clinique, soignant les
immigrés illégaux et les gens qui passent la frontière
pour venir y chercher une aide médicale. Il commença
à travailler dans la cuisine et, la même année,
décida de commencer sa formation pour devenir « medic
» (agent de santé).
Le soir, après des heures de travail et détude,
Maung Maung Tinn retournait à sa peinture : assis ou étendu
sur le plancher, des couleurs et du papier avec lui, il entrait
dans son monde, dans la seule voie dexpression où
il est complètement à laise.
Il commença à préparer des bannières
annonçant réunions, formations, cérémonies.
Il finit sa formation comme médic en 1996 et commença
à travailler dans la section pédiatrique. De plus
en plus occupé avec son travail comme médic, il
peignait de moins et moins, estimant que ses tableaux avaient
beaucoup moins dimportance que son travail auprès
des enfants malades.
Son talent dartiste fut découvert par plusieurs bénévoles
qui consacraient de courtes périodes à travailler
à la clinique. Ils commencèrent à lui demander
un tableau pour emporter avec eux une petite partie de la triste
réalité quils avaient découverte.
Encouragé par beaucoup de gens qui admiraient son travail,
Maung Maung Tinn commença à peindre à nouveau
durant ses temps libres. On peut le trouver en train de peindre
sur le plancher dun ambulatoire ou sur une table de la classe
pour les nouveaux médics.
Son inspiration, il la puise presque toujours dans des photos
prises en Birmanie, à la clinique ou sur la frontière.
Ses pensées sont toujours concentrées vers la Birmanie,
son âme ne songe quà y retourner un jour.
La tristesse quil porte son cur est le reflet de toute
cette violence, de cette pauvreté, de ces abus qui sont
normalité quotidienne à quelques kilomètres
seulement de la clinique. Ses tableaux sont un miroir de sa situation,
partagée par ces milliers de réfugiés qui
ont échappé à la dictature birmane, de tous
ceux restés en Birmanie et qui doivent se cacher, désespérés
de ne pouvoir nourrir leurs familles, ou constamment abusés
par le gouvernement birman.
Maung Maung Tinn sait quil est un privilégié:
il a un abri, de quoi shabiller, de quoi manger et un travail
qui donne un sens à sa vie.
Envoyer ses tableaux dans des autres pays est son moyen dinformer
le plus de gens possible dans le monde de la dramatique situation
des peuples de Birmanie. Cest pour lui beaucoup plus important
que le peu dargent quil reçoit pour son travail.
Tout largent quil reçoit pour les tableaux
est intégralement utilisé pour acheter des médicaments,
couvertures, moustiquaires pour la clinique de Cynthia et pour
dautres petites cliniques en Birmanie, pour acheter cahiers
et stylos pour les écoles clandestines, pour les enfants
des immigrés, pour acheter du lait pour les enfants malnutris
Il nest jamais retourné dans son village. Sa maman
est morte quand il était encore en Birmanie. Son père
décéda il y a 2 ans. Il na pas pu aller le
voir pour la dernière fois.
Il espère quun jour, le gouvernement birman changera
et que la lutte armée entre les différents groupes
ethniques pourra trouver une solution.
Il sait que sa contribution nest quune goutte daide
dans un océan de besoin. Mais, si plus de gens sont conscients
de la situation, si la communauté internationale et lopinion
mondiale pouvaient faire plus de pression, alors un petit espoir
pour le changement serait encore possible.
Le souhait de Maung Maung Tinn est que lon n'oublie jamais
les réfugiés birmans, tout autant ceux qui parviennent
à sexiler dans un pays voisin que tous ceux qui sont
déplacés et contraints à lexil à
lintérieur même de la Birmanie, de ses jungles
et de ses montagnes.
Lintégralité des fonds récoltées
par la vente des uvres de MAUNG MAUNG TINN sera consacrée
à laction des medic backpakers et de la clinique
du docteur Cynthia à Mae Sot.
Pour acheter des tableaux, contactez
ICRA International
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