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RTL info - Le 06-01-05
La Birmanie a aussi été touchée par le Tsunami
Un monde en question 6/01/05
   
Il y a un pays, riverain de l'Océan Indien, qui comme les autres a été touché par le raz de marée, puisqu'il est frontalier de la Thaïlande, mais dont on ne parle pas, c'est la Birmanie.

Et pour cause, c'est un des pays les plus secrets de la planète et la junte militaire au pouvoir, distille ses informations au compte-gouttes, quand elle les donne. Et cela depuis qu'elle dirige le pays, depuis plus de 40 ans. Donc, on ne saura probablement jamais la vérité. Les officiels parlent de 59 morts et ce matin à Djakarta, le premier ministre affirme que la situation dans son pays est gérable, mais il est impossible de le croire sur parole. Les images satellites semblent, c'est vrai, montrer que la Birmanie a été moins endommagée que les autres, mais cela dit, après avoir regardé les photos, Colin Powell reconnaissait douter de la véracité du bilan. Des témoins qui se trouvaient à la frontière au moment du raz de marée, et des organisations d'exilés sont beaucoup plus alarmistes, évoquant plusieurs centaines voire plusieurs milliers de morts et de sans abri. Des villages entiers de pêcheurs ont été détruits,villages à peine répertoriés dans ce pays dont on ne connaît même pas la population exacte. Sans parler des îles birmanes dont le sort reste flou, mais qui étaient sur la trajectoire du tsunami. Des militaires chinois dont le pays soutient la junte, et qui procèdent à des écoutes navales à partir des îles Coco, pourraient ainsi avoir été emportés par la vague mortelle. Mais ça, ça restera secret défense. Et puis parmi les victimes oubliées, il faut compter les travailleurs migrants, ces Birmans qui ont fui leur pays, le plus pauvre de la planète, attirés par le mirage thaïlandais. Ils sont des milliers, vivaient dans des abris de fortune et pour la plupart, on ne sait pas ce qu'ils sont devenus.

La junte vient tout juste de libérer 5.000 prisonniers pour la fête de l'indépendance.

Ce qui porte à 20.000 le nombre de détenus élargis en 6 semaines. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. La plupart d'entre eux n'avaient commis que des délits mineurs. Seule une trentaine sur les 1300 prisonniers politiques, a été libérée. Et la mise en résidence surveillée de la célèbre prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, a été prolongée d'un an. Mais plus étonnant, la junte avoue que la majorité des personnes libérées ont été incarcérées par erreur par les services secrets militaires. Cela mérite une petite explication. En fait les deux hommes forts du régime veulent marquer une rupture avec l'ère de l'ancien premier ministre et chef tout puissant de ces services, limogé pour corruption en octobre dernier. Qu'il ait été corrompu sans doute, mais c'est surtout qu'il prônait l'ouverture du pays qui vit en quasi autarcie. Les caciques du régime ont eu raison de lui. En fait, ces libérations ne relèvent que d'un sombre règlement de compte au sein du régime. Comme quoi, même les dictatures peuvent connaître des crises politiques.

Isabelle Dath