| Il y a un pays, riverain de l'Océan
Indien, qui comme les autres a été touché par
le raz de marée, puisqu'il est frontalier de la Thaïlande,
mais dont on ne parle pas, c'est la Birmanie.
Et pour cause, c'est un des pays les plus secrets de la planète
et la junte militaire au pouvoir, distille ses informations au
compte-gouttes, quand elle les donne. Et cela depuis qu'elle dirige
le pays, depuis plus de 40 ans. Donc, on ne saura probablement
jamais la vérité. Les officiels parlent de 59 morts
et ce matin à Djakarta, le premier ministre affirme que
la situation dans son pays est gérable, mais il est impossible
de le croire sur parole. Les images satellites semblent, c'est
vrai, montrer que la Birmanie a été moins endommagée
que les autres, mais cela dit, après avoir regardé les
photos, Colin Powell reconnaissait douter de la véracité du
bilan. Des témoins qui se trouvaient à la frontière
au moment du raz de marée, et des organisations d'exilés
sont beaucoup plus alarmistes, évoquant plusieurs centaines
voire plusieurs milliers de morts et de sans abri. Des villages
entiers de pêcheurs ont été détruits,villages à peine
répertoriés dans ce pays dont on ne connaît
même pas la population exacte. Sans parler des îles
birmanes dont le sort reste flou, mais qui étaient sur la
trajectoire du tsunami. Des militaires chinois dont le pays soutient
la junte, et qui procèdent à des écoutes navales à partir
des îles Coco, pourraient ainsi avoir été emportés
par la vague mortelle. Mais ça, ça restera secret
défense. Et puis parmi les victimes oubliées, il
faut compter les travailleurs migrants, ces Birmans qui ont fui
leur pays, le plus pauvre de la planète, attirés
par le mirage thaïlandais. Ils sont des milliers, vivaient
dans des abris de fortune et pour la plupart, on ne sait pas ce
qu'ils sont devenus.
La junte vient tout juste de libérer 5.000 prisonniers
pour la fête de l'indépendance.
Ce qui porte à 20.000 le nombre de détenus élargis
en 6 semaines. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. La plupart
d'entre eux n'avaient commis que des délits mineurs. Seule
une trentaine sur les 1300 prisonniers politiques, a été libérée.
Et la mise en résidence surveillée de la célèbre
prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, a été prolongée
d'un an. Mais plus étonnant, la junte avoue que la majorité des
personnes libérées ont été incarcérées
par erreur par les services secrets militaires. Cela mérite
une petite explication. En fait les deux hommes forts du régime
veulent marquer une rupture avec l'ère de l'ancien premier
ministre et chef tout puissant de ces services, limogé pour
corruption en octobre dernier. Qu'il ait été corrompu
sans doute, mais c'est surtout qu'il prônait l'ouverture
du pays qui vit en quasi autarcie. Les caciques du régime
ont eu raison de lui. En fait, ces libérations ne relèvent
que d'un sombre règlement de compte au sein du régime.
Comme quoi, même les dictatures peuvent connaître des
crises politiques.
Isabelle Dath |