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| Le
Nouvel Obs -18 décembre 2003 |
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Quand
Bernard Kouchner enquête... |
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Dans son «rapport» sur
la présence de Total en Birmanie, commandé, payé
et diffusé par le pétrolier français, Bernard
Kouchner déplore que la réputation de lentreprise
ait été «ternie» «sans quune
vraie enquête ait été, à notre connaissance,
menée sur place». Et il accuse même, au passage,
un journaliste du «Nouvel Observateur» de navoir...
«pas enquêté» avant de critiquer Total. Bernard
Kouchner semble ignorer que les défenseurs des droits de lhomme
et certains journalistes parmi lesquels ceux du «Nouvel
Observateur» nont pas attendu ses conseils pour
enquêter, depuis des années, en Birmanie et en Thaïlande,
sans être invités et guidés par Total, chaque
fois que cétait nécessaire et possible.
Bernard Kouchner, lui, a enquêté en Birmanie. Du 25 au
29 mars 2003, selon son «rapport». Le pionnier du «droit
dingérence» estime-t-il aujourdhui quon
peut enquêter en quatre jours sur les liens entre une narco-dictature
et lentreprise qui lui fournit lessentiel de ses revenus
licites? Juge-t-il quune aussi brève visite guidée
suffit pour faire entendre «la voix des victimes»? A-t-il
rencontré les réfugiés birmans, chassés
de la zone du gazoduc, dans leurs camps de la frontière thaïlandaise?
Non, ont répondu ces derniers à notre envoyé
spécial Cyril Payen. A-t-il consulté la Fédération
internationale des Droits de lHomme (FIDH), qui avait procédé
en 1996 à une longue enquête sur la présence de
Total en Birmanie et la pratique du travail forcé? Non, répond
Anne-Christine Habbard, secrétaire générale de
la FIDH et auteur du rapport sur la Birmanie. A-t-il rencontré
les membres de la mission dinformation parlementaire de 1999
sur lactivité des compagnies pétrolières
françaises, notamment en Birmanie? Non, répond Marie-Hélène
Aubert, rapporteur de ses travaux. A-t-il consulté lavocat
français chargé de représenter les travailleurs
birmans qui ont déposé plainte, en France, contre Total
pour «séquestration». Non, répond Me William
Bourdon. A-t-il interrogé Htoo Chit, le militant birman des
droits de lhomme, qui a fourni au magistrat instructeur de Nanterre
14 témoignages contre Total, et qui vient dobtenir le
statut de réfugié politique en France? Non, répond
Htoo Chit.
Bernard Kouchner, qui dans sa préface au «Dossier noir
Birmanie» demandait aux médias «dinformer,
alerter, crier dans le désert», a accepté de rédiger
un rapport soutenant la présence de Total en Birmanie. Cest
son droit. Ce choix ne le met pas dans la meilleure position pour
donner des leçons de rigueur professionnelle aux militants
des droits de lhomme et aux journalistes qui font leur travail.
René Backmann |
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