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Nouvel Obs-18 décembre 2003 |
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Birmanie
: lancien chef de la sécurité de Total parle
Travail forcé : Total savait |
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«La consigne
était: cachez les soldats birmans aux visiteurs...»
Chef de la sécurité de Total en Birmanie de 1995 à
2002, après avoir passé vingt-sept ans dans la Légion
étrangère, Jean-Michel K. a été lun
des témoins entendus, en septembre à Los Angeles, par
le juge dinstruction chargé dinstruire la plainte
pour «violations des droits de lhomme» déposée
par deux travailleurs birmans contre Unocal, partenaire de Total dans
le gazoduc de Yadana. Alors que le procès dUnocal vient
de souvrir en Californie, il a accepté de livrer son
témoignage au «Nouvel Observateur».
Le Nouvel Observateur. Quel était
votre rôle sur le site du gazoduc de Total?
Jean-Michel K. Javais la responsabilité de veiller
à la sécurité du gazoduc et du personnel. Jétais
aussi chargé de la coordination avec la dizaine de bataillons
birmans présents sur le terrain, et notamment de leur demander
de shabiller en civil quand nous avions des visites...
N. O. Comment se comportaient les
militaires birmans avec lesquels vous travailliez?
J.-M. K. Jai été le témoin au début
de ma mission dactes barbares à lencontre de la
population locale. Les militaires, par exemple, forçaient des
civils à marcher devant eux dans le corridor du gazoduc bourré
de mines antipersonnel. Jai vu de mes yeux cinq paysans sauter
sur des mines...
N. O. Ces faits se sont-ils déroulés
dans la zone dimplantation de Total?
J.-M. K. Oui. Jen ai dailleurs personnellement
informé mon patron Hervé Madéo [le responsable
de Total en Birmanie de 1992 à 2000]. Je lai aussi informé
de la pratique du travail forcé et du détournement des
salaires. Il nignorait rien dès 1995. Mais cest
seulement à partir du début de la phase de «production»,
en 1998, que la situation a fini par saméliorer.
N. O. Existait-il selon vous une collusion
entre larmée birmane et Total?
J.-M. K. Officiellement, la «prime de terrain»
de 2 000 kyats (la moitié dun salaire mensuel) versée
aux soldats assignés à la sécurité de
la zone était payée par la Moge (partenaire birman de
Total). Mais ces sommes étaient ensuite facturées à
Total, comme le montrent des documents signés de responsables
de Total.
N. O. Pourquoi avez-vous quitté
Total?
J.-M. K. Depuis mes révélations internes sur
les agissements de larmée birmane, je gênais. Mon
contrat na pas été renouvelé.
Cyril Payen |
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