| L'appel du parquet
de Nanterre favorable à un
non-lieu dans l'enquête sur des accusations de travail forcé a été rejeté. L a chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles
a rejeté mardi 11 janvier un appel du parquet de Nanterre
favorable à un non-lieu dans l'enquête sur des accusations
de travail forcé lors de la construction en Birmanie d'un
gazoduc par une filiale de Total, a-t-on appris de source judiciaire.
Dans une ordonnance datée du 25 juin, la juge d'instruction
de Nanterre, Katherine Cornier, s'était dite opposée
au non-lieu requis par le parquet.
Ce dernier avait alors fait appel de l'ordonnance.
Le 17 mai, le parquet avait en effet estimé, dans un réquisitoire
transmis à la juge, que les crimes "d'enlèvement
et de séquestration" visés par les victimes
dans leur plainte ne pouvaient être applicables en l'espèce.
Il considérait qu'après 18 mois d'enquête, "il
n'a aucunement été fait état par les plaignants
d'arrestations et de séquestrations véritables",
mais de travail forcé, qui n'est pas réprimé en
tant que tel par le droit français.
Enrôlés de force
Le parquet avait aussi réfuté un autre argument
des victimes qui avaient invoqué une ordonnance de 1944
relative à la répression des crimes de guerre, qui établissait
un parallèle entre la "séquestration" et
le travail obligatoire des civils.
Pour le parquet, ce texte ne pouvait être utilisé que
pour des faits commis pendant la Seconde guerre mondiale.
Selon les plaignants, entre octobre et décembre 1995, des
bataillons militaires birmans, financés par la filiale de
Total, auraient enrôlé de force des travailleurs sur
le chantier de construction du gazoduc qui devait relier le gisement
birman de Yadana, en mer d'Andaman, à une centrale électrique
en Thaïlande.
Aucune mise en examen
Total a toujours rejeté ces accusations et son PDG, Thierry
Desmarest, avait affirmé que Total n'avait "jamais
recouru, directement ou indirectement, au travail forcé".
Hervé Madéo, qui avait dirigé Total Birmanie
de 1992 à 1999, a été entendu en octobre 2003
sous le statut de "témoin assisté", intermédiaire
entre celui de simple témoin et de mis en examen.
Aucune mise en examen n'a encore été prononcée
dans cette instruction ouverte en octobre 2002. |