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| Le
Nouvel Obs- 10 décembre 2003 |
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"Tout
n'est pas noir ou blanc"  |
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Mireille Boissou
est coordinatrice Myanmar d'Amnesty International
Que pensez-vous du portrait fait par Bernard
Kouchner de la situation des employés de Total en Birmanie
?
- Le problème, c'est qu'Amnesty n'a jamais pris position sur
ce sujet tout simplement parce que nous n'avons jamais récolté
de preuves directes. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu du travail
forcé en Birmanie, et qu'il y en a encore. Maintenant, sur
le cas précis de la vallée de Yadana [ndlr: là
où sont situés les villages des employés de Total],
tant que nous n'avons pas de preuves, nous ne nous prononçons
pas, même si je ne remets pas du tout en cause les propos du
témoin d'Info Birmanie.
Ce que nous dit Total, c'est qu'ils se sont peut-être fait piéger
en 1995-96 quand l'armée birmane leur a promis de faire défricher
le terrain sur lequel ils comptaient s'installer, et que ce sont les
militaires qui ont eu recours au travail forcée.
On reproche beaucoup sur ce point à Total d'avoir accepté
le contrat gazier et de nombreuses plaintes ont été
déposées dans le monde entier, mais le problème
n'est pas si simple. Par exemple, quand le groupe pétrolier
Unocal, qui s'était installé avec Total dans la vallée
de Yadana, a décidé de vendre ses parts, celles-ci ont
été rachetées par des entreprises chinoises.
Si Total s'en va et que le site est repris par des capitaux provenant
de Chine ou de Thaïlande, premier destinataire du gaz birman,
les moyens de pressions sur la junte seront considérablement
réduits.
Selon vous, pourquoi Bernard Kouchner a-t-il
accepté de rédiger ce rapport sur une question aussi
sensible ?
- Je ne peux pas répondre à sa place, il faudrait lui
poser la question à lui. Je me la pose aussi. C'est vrai qu'il
blanchit entièrement Total. D'un autre côté, il
dirige une agence de conseil et il ne pouvait pas rapporter des faits
qu'il n'a pas constaté.
Quelle est la situation des droits de l'Homme
en Birmanie, hors du cas de Total ? Peut-on dire que la situation
s'est améliorée ?
- Non, on ne peut pas dire que la situation se soit améliorée.
Les droits de l'Homme sont constamment attaqués, Aung San Suu
Kyiu a été remise au secret, la pression internationale
augmente, avec la suspension de l'aide humanitaire du Japon, jusqu'à
présent premier contributeur, et la mise en place d'un embargo
par les Etats-Unis. De ce fait, la situation économique est
encore plus calamiteuse, avec pour conséquence une recrudescence
du commerce de drogue, devenu l'une des principales productions du
pays.
Les choses ne sont pas noir ou blanc et la junte maintient une sorte
de tension en émettant des signes contradictoires. Par exemple,
le gouvernement a proposé une feuille de route totalement insatisfaisante,
sans calendrier.
Aung San Suu Kyiu s'est dit prête à la signer, mais n'a
toujours pas été appelée. Mais une chose est
sûre, c'est que, pour les Birmans, les choses ne se sont pas
améliorées.
Propos recueillis par Jérôme Hourdeaux |
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