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Nouvel Obs- 10 décembre 2003 |
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QUESTIONS
A... BERNARD KOUCHNER |
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Bernard Kouchner
est ancien ministre (PS) de la Santé et fondateur de Médecins
sans frontières
Votre enquête sur le travail forcé
en Birmanie repose seulement sur quelques jours passés sur
place, ne manque-t-elle pas de sérieux ?
- Mais que les gens qui critiquent fassent eux-mêmes une enquête!
Qu'ils aillent là-bas au lieu de parler depuis leur fauteuil
à Paris. Je me suis rendu deux fois en Birmanie. J'y suis resté
plusieurs jours et j'ai visité tous les sites qui devaient
être vus. C'est du travail sérieux. Et puis, il n'y a
pas eu que ça : pendant plus de trois mois, j'ai lu, cherché
de la documentation, je me suis rendu à Boston pour trouver
des informations précises...
Mais comment, en tant qu'humanitaire, avez-vous
pu accepter de faire un rapport sur Total en étant payé
par Total ?
- Mais j'ai été rémunéré pour
un travail effectué. On ne peut pas me le reprocher. Ca veut
dire quoi ce genre d'insinuations? Que j'ai été acheté?
Oui, le bureau de consultant pour lequel je travaille a accepté
de faire un rapport pour 12.500 dollars pour un groupe. Mais enfin,
pour un rapport qui a nécessité plusieurs mois d'enquête,
ce n'est pas volé, loin de là. Il faut voir les rémunérations
des experts internationaux, c'est bien plus que ça, bien
plus...
Mais comment expliquez-vous que Total se
soit adressé à l'un de ses premiers détracteurs
pour effectuer une telle enquête ?
- Mais parce que je ne suis pas mauvais! Je connais mon travail
et suis reconnu pour ça. Avant, j'accusais Total, comme tout
le monde, mais je n'étais pas au courant de la réalité
sur le terrain. Et, aujourd'hui, je n'ai pas peur de dire que je
me suis trompé. C'est tout. Et, d'ailleurs, je ne suis pas
le seul. Le Bureau International du Travail est également
revenu sur ses accusations.
On peut accuser Total d'avoir signé un contrat de travail
en Birmanie, dictature reconnue. Dans ce cas c'est le problème
du boycott qui se pose et là aussi ma position a changé.
Parce qu'enfin, le boycott s'effectue toujours au détriment
des pauvres. Mais, en ce qui concerne le travail forcé, on
n'a rien à reprocher à Total.
Quant à cette histoire de liens avec la juge d'instruction
chargée du dossier Total, c'est ubuesque. Je n'étais
évidemment pas au courant qu'elle travaillait là-dessus.
Une de mes anciennes collaboratrice est juge, ce n'est pas un crime,
tout de même!
Propos recueillis par Laure Gnagbé |
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