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Le nouvel Obs - L'Hebdo en Ligne
Semaine du jeudi 22 mai 2003 - n°2011 - Monde |
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Htoo
Chit, militant birman des droits de lhomme:
«Japporte 14 témoignages contre Total» |
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Le Nouvel Observateur.
La date de votre audition par le magistrat du tribunal de Nanterre
qui instruit la plainte pour «séquestration» déposée
contre Total par deux de vos compatriotes a-t-elle été
fixée ?
Htoo Chit. Oui. Je serai entendu le 12 juin par le juge. Je
lui indiquerai ce que je sais de la pratique du travail forcé
dans la zone du chantier du gazoduc de Yadana, construit par Total
dans le sud de la Birmanie. Et je lui remettrai les témoignages
des quatorze Birmans qui ont décidé de parler. Certains
sont danciens soldats de larmée birmane dont les
unités ont utilisé ou surveillé
des travailleurs forcés. Dautres ont été
salariés de Total ou dautres entreprises lors de la construction
du gazoduc et sont des témoins directs de lusage du travail
forcé...
N. O. Les responsables de Total en Birmanie
pouvaient-ils ignorer le recours au travail forcé dans la zone
du gazoduc?
Htoo Chit. Sauf exception, ce nest pas à la pose
des tubes quétaient affectés les paysans raflés
par larmée. Cétait surtout à des
travaux de construction et de terrassement. Ce sont eux, par exemple,
qui ont construit les casernements pour les 10000 soldats chargées
dassurer la sécurité du chantier. Ce sont eux
aussi qui ont aménagé cinq des six plates-formes dhélicoptères
qui jalonnent le couloir de sécurité, autour du gazoduc.
Il est arrivé que les soldats cachent la présence des
travailleurs forcés aux gens de Total en les conduisant dans
la jungle lorsquils entendaient un hélicoptère.
Mais en général les responsables de Total étaient
parfaitement au courant de ce qui se passait sur le terrain. La preuve,
cest quils versaient de largent aux unités
de larmée birmane pour rémunérer leurs
services...
N. O. Total affirme que sa présence
dans la région a apporté un réel progrès
économique...
Htoo Chit. Ce nest pas lavis des organisations
de défense des droits de lhomme. Les Birmans qui ont
été, au moins pendant un temps, recrutés par
Total ont obtenu à léchelle locale de bons salaires.
Mais ils constituent une minorité. Le problème, cest
que ces bons salaires ont fait monter les prix. Un kilo de riz vaut
dix fois plus cher aujourdhui quen 1992. Le résultat,
cest que la majorité des habitants vivent beaucoup plus
mal quavant. Et les pêcheurs, très nombreux dans
la région, ont perdu leur travail à cause des mesures
de sécurité. Aucune embarcation nest autorisée
dans une zone de 15 kilomètres qui longe la côte et leurs
bateaux sont beaucoup trop petits pour aller au-delà... Cest
pourquoi beaucoup de gens tentent de franchir la frontière
pour aller travailler en Thaïlande...
Propos recueillis par René Backmann
Après avoir participé aux
manifestations de 1988 en faveur de la démocratie, Htoo Chit,
38 ans, a dabord rejoint un mouvement dopposition armé,
avant de militer pour la défense des droits de lhomme
et denquêter sur les conséquences de larrivée
de Total. Clandestin depuis quinze ans, il a demandé à
la France le statut de réfugié politique.
René Backmann |

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