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LEMONDE.FR | 31.05.03 | 15h48
Aung San Suu Kyi en état d'arrestation après des affrontements mortels    
iL'opposante birmane Aung San Suu Kyi a été "temporairement placée sous la protection des autorités" après des affrontements entre ses sympathisants et des éléments pro-junte qui ont fait quatre morts, a annoncé samedi la junte.

Mme Suu Kyi se trouvait samedi 31 mai de facto en état d'arrestation dans la région de Sagaing, dans le nord du pays, où elle effectuait une longue tournée politique qui a, au fil des jours, été émaillée de plus en plus d'incidents. "Aung San Suu Kyi a été temporairement placée sous la protection des autorités locales à Ye U," localité de cette région, a déclaré le général Than Tun lors d'une conférence de presse convoquée à la hâte. Il a précisé que son entourage - la délégation de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) qui voyageait avec elle - se trouvait aussi "sous surveillance préventive".

En l'absence de précisions, les observateurs s'interrogeaient sur la situation réelle de Mme Suu Kyi, se demandant notamment si elle pourrait éventuellement être reconduite sous la contrainte à Rangoun et de nouveau placée sous un régime de résidence surveillée qui ne dirait pas son nom.

Les deux périodes - sept ans et demi - qu'elle a déjà effectuées dans le passé confinée entre les quatre murs de sa demeure étaient officiellement destinées à assurer sa "protection". Le prix Nobel de la paix avait été libéré en mai 2002 et avait obtenu de la junte un engagement à respecter sa liberté de mouvement dans tout le pays.

Le général Than Tun a seulement indiqué qu'un transfert de Mme Suu Kyi à Rangoun n'était pas prévu dans l'immédiat. Il a exprimé sa confiance que ces événements ne feront pas dérailler le processus de "réconciliation nationale", qui doit, un jour, déboucher sur une démocratisation dans ce pays aux mains des militaires depuis plus de 40 ans.

"Bien que ces incidents imputables à la LND affecteront négativement la réconciliation nationale, nous ne considérons pas qu'ils arrêteront le dialogue", a déclaré le porte-parole officiel. Mais si les deux parties ont ouvert des discussions préparatoires fin 2000, le dialogue politique tant attendu n'a toujours pas commencé.

Aung San Suu Kyi devait terminer le 4 juin une longue tournée politique, entamée le 6 mai, qui a été marquée par de nombreux incidents entre les sympathisants de la LND et des éléments de l'USDA (Union Solidarity Development Association), une organisation de masse pro-junte, qui a massé des milliers de membres sur le passage de son convoi.

"Quatre personnes ont été tuées et 50 autres blessées" tard vendredi, a annoncé le général Than Tun, sans préciser dans quel camp il y avait eu des morts. Il a expliqué que huit véhicules et neuf motos avaient été détruits dans les affrontements qui ont duré trois heures à Ye U et a accusé la LND d'avoir incendié au moins un véhicule de l'USDA.

L'USDA comprendrait quelque 19 millions de membres, soit environ un tiers de la population birmane. "L'enquête continue", a dit le général, ajoutant qu'il "était trop tôt pour savoir quelles mesures seraient prises à l'encontre de la LND". Samedi, les locaux de la Ligue ont été abruptement fermés par la junte et, selon des témoins, des membres des forces de sécurité se sont positionnés autour du domicile d'U Lwin, fidèle lieutenant de Mme Suu Kyi et porte-parole de la LND.

Pour la première fois en deux ans samedi également, la presse officielle a critiqué ouvertement Mme Suu Kyi et accusé la LND de "comportement non démocratique", en raison des violences survenues lors de sa tournée dans le nord. Cette franche détérioration du climat politique augure mal de la visite à Rangoun dans une semaine - si elle est maintenue - de l'émissaire de l'ONU Razali Ismail, censé "faciliter le dialogue" entre les généraux et la LND, principal parti de l'opposition birmane.
Avec AFP