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LEMONDE.FR | 17.07.03
Le Congrès américain a voté un embargo sur la Birmanie    
Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a indiqué, mercredi, avoir demandé directement au chef de la junte militaire birmane la libération "le plus tôt possible" de l'opposante Aung San Suu Kyi.
Les pressions à l'encontre de la junte au pouvoir en Birmanie se sont considérablement accentuées, mercredi 16 juillet. Après l'adoption par la Chambre des représentants, mardi, d'un projet de loi concernant des mesures de sanction contre le régime militaire de Rangoun, le Congrès américain l'a approuvé, à son tour, mercredi, par 94 voix contre 1.
Ce texte prévoit notamment des restrictions dans les échanges avec la Birmanie, le gel des avoirs financiers birmans dans les banques américaines, l'interdiction de visa aux Etats-Unis pour les membres du régime de Rangoun, ainsi que l'octroi d'une aide aux militants démocrates de Birmanie.
La loi, que le président américain, George W. Bush, s'est engagé à promulguer, a été instaurée afin de sanctionner la junte pour sa répression accrue contre des groupes pro-démocratie et la détention, depuis le 30 mai, du leader de l'opposition, Mme Aung San Suu Kyi.
Un des auteurs de la loi, le sénateur républicain Mitch McConnell (Kentucky), s'est félicité de la célérité des législateurs pour adopter ces mesures. Il a exprimé l'espoir que cette loi marque le début de la disparition de la dictature. "La démocratie et le droit finiront par prévaloir en Birmanie", a déclaré le sénateur républicain. Le représentant américain Tom Lantos, un démocrate de Californie qui a participé à la rédaction du projet de loi, a pour sa part expliqué que l'embargo sur les exportations birmanes frapperait les dirigeants de Rangoun "là où ça fait mal, sur leurs comptes bancaires".

"DANS LE BUT DE SEMER LA ZIZANIE"
Le mois dernier, le Sénat américain avait voté à 97 voix contre 1 en faveur d'un embargo sur les importations birmanes, faisant l'objet d'une autorisation devant être renouvelée chaque année par la Congrès, dans l'attente de l'arrivée au pouvoir à Rangoun d'un gouvernement démocratiquement élu.
Le Japon avait, lui, suspendu, lundi, le versement d'une aide à la Birmanie. L'Union européenne avait, quant à elle, menacé de renforcer les sanctions à l'encontre du régime militaire si la lauréate du prix Nobel de la paix en 1991 n'était pas libérée. Le gouvernement britannique avait exhorté, lundi, les agences de voyage du pays à cesser d'organiser des séjours en Birmanie en raison de la situation des droits humains dans ce pays. Le Canada avait déjà annoncé, jeudi 10 juillet, qu'il interdisait l'accès à son territoire aux dirigeants militaires birmans, pour protester contre la détention par la junte de Aung San Suu Kyi.
Le régime birman a, pour sa part, comparé le projet d'embargo américain sur ses exportations à une arme de destruction massive et a déclaré mercredi que cette initiative aurait pour conséquence de l'affaiblir alors qu'il est déjà démuni. "Les sanctions visant tout spécialement les pays en voie de développement affectent directement les systèmes de santé et l'éducation", déclare le gouvernement birman dans un communiqué. "En réalité, les sanctions sont imposées (...) par des pays riches et puissants dans le but principal de semer la zizanie et de faire souffrir des populations entières."
Le gouvernement militaire birman aurait par ailleurs envoyé à George Bush une pétition, officiellement signée par 350 000 ouvriers du textile inquiets de la menace d'embargo des exportations birmanes, avait annoncé, lundi, un hebdomadaire birman.

"REPRENDRE LE DIALOGUE"
Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a indiqué, mercredi, avoir demandé directement au chef de la junte militaire birmane la libération "le plus tôt possible" de la dirigeante de l'opposition. "Le message dit en substance que j'attend d'eux qu'ils libèrent Aung San Suu Kyi le plus tôt possible et qu'ils sont responsables de sa sécurité ainsi que de celle des autres membres de son parti qu'ils détiennent." M. Annan a précisé avoir transmis cette demande dans un message au général Than Shwe transmis par l'intermédiaire du vice-ministre birman des affaires étrangères, U Khin Maung Win, qu'il a reçu mercredi après-midi.
Le secrétaire général, qui s'adressait à la presse à l'issue de consultations du Conseil de sécurité, a également indiqué dans son message au dirigeant birman que "la meilleure façon de progresser est de reprendre le dialogue", avec l'opposition. Mme Suu Kyi "a indiqué être prête à reprendre le dialogue et elle l'a dit à mon représentant spécial (en Birmanie, Ghazali Ismaïl), j'espère donc que le gouvernement va relever le défi et s'engagera dans le dialogue", a-t-il encore ajouté.
Bien que M. Annan ait dit que la Birmanie ne figurait pas à l'ordre du jour du Conseil de sécurité, l'ambassadeur américain à l'ONU, John Negroponte, a indiqué que le sujet avait été abordé au titre des "questions diverses" après le départ du secrétaire général. "Nous avons exprimé notre inquiétude", a indiqué le diplomate interrogé par la presse à l'issue de la réunion du Conseil.
Une chape de plomb s'est abattue depuis le 30 mai sur le parti de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), aujourd'hui moribond. "L'opposition, elle n'existe plus !", estimait mercredi un diplomate à Rangoun. "Tous nos interlocuteurs sont arrêtés ou assignés à résidence, on ne peut pas les voir, le siège du parti est fermé, les militants sont en prison ou pourchassés."

Avec AFP et Reuters