l'Asean, sous
fortes pressions occidentales et particulièrement américaines,
n'a jamais auparavant fait publiquement de commentaires sur la situation
intérieure d'un de ses membres, au nom du sacro-saint principe
de non-ingérence.
Les ministres des affaires étrangères de l'Association
des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) ont appelé, mardi 17
juin, à la "libération rapide" de l'opposante
birmane Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix,
une démarche exceptionnelle de l'Association vis-à-vis
de l'un de ses membres.
Dans un communiqué final publié à l'issue de
deux jours de discussions annuelles, l'Asean explique qu'elle "attend
avec impatience la levée des restrictions à l'encontre
d'Aun San Suu Kyi et des membres" de son parti et "accueille
favorablement les assurances fournies par la Birmanie, selon laquelle
les mesures prises (contre l'opposition) étaient temporaires"
.
L'opposante est maintenue au secret par le gouvernement militaire
- officiellement "pour sa protection" - depuis des violences
meurtrières survenues le 30 mai, lorsque son convoi est tombé
dans une embuscade tendue par des éléments du régime
dans le nord de la Birmanie.
L'Asean, sous fortes pressions occidentales et particulièrement
américaines, n'a jamais auparavant fait publiquement de commentaires
sur la situation intérieure d'un de ses membres, au nom du
sacro-saint principe de non-ingérence. Cette fois-ci, l'Association
"appelle instamment la Birmanie à reprendre ses efforts
en vue de la réconciliation nationale et le dialogue entre
les parties concernées en vue d'une transition pacifique vers
la démocratie" .
ARRIVÉE PROCHAINE DE COLIN POWELL
L'Asean a très nettement durci sa position depuis lundi : un
projet initial de communiqué faisait simplement état
de la "reconnaissance" de l'Asean sur les informations fournies
par le ministre des affaires étrangères, Win Aung, concernant
"l'incident" du 30 mai. Mais le secrétaire d'Etat
américain, Colin Powell, qui doit prendre part, mercredi, à
Phnom Penh à des discussions du Forum régional de l'Asean
(FRA), avait averti qu'il ferait pression pour qu'elle agisse fermement
sur Rangoun.
L'arrestation à la fin mai de M me Suu Kyi et de l'état-major
de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND),
a suscité une vague d'indignation dans le monde. Les Etats-Unis
ont pris la tête d'un mouvement de protestation et menacé
de durcir notablement les sanctions contre Rangoun.
L'Asean, qui regroupe, outre la Birmanie, Brunei, le Cambodge, l'Indonésie,
le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande
et le Vietnam, a également abordé la question de la
lutte antiterroriste lors de sa réunion annuelle. Le terrorisme
doit être une préoccupation essentielle des réunions
du FRA, qui regroupe, outre l'Asean, les grandes puissances mondiales
: Etats-Unis, Union européenne, Russie, Chine. Les Dix de l'Asean
et les Etats-Unis devraient approuver un plan antiterroriste en cinq
points impliquant une aide américaine à la sécurité
des mouvements de bateaux dans le détroit de Malacca et un
partage de l'information. Le détroit de Malacca, entre la Malaisie,
l'Indonésie et Singapour, est le théâtre de nombreux
actes de piraterie maritime, et les experts en sécurité
ont mis en garde contre les risques de détournements de bâtiments,
comme des pétroliers, par des terroristes.
Depuis l'attentat qui a fait 202 morts à Bali en octobre 2002,
des dizaines de membres de la Jemaah Islamiyah ont été
arrêtés en Malaisie, à Singapour, aux Philippines,
en Indonésie, et récemment au Cambodge, comme en Thaïlande.
Avec AFP |