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LEMONDE.FR | 17.06.03 | 09h11 • MIS A JOUR LE 17.06.03 | 10h22
L'Asean fait pression sur Rangoun pour la libération d'Aung San Suu Kyi    
l'Asean, sous fortes pressions occidentales et particulièrement américaines, n'a jamais auparavant fait publiquement de commentaires sur la situation intérieure d'un de ses membres, au nom du sacro-saint principe de non-ingérence.
Les ministres des affaires étrangères de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) ont appelé, mardi 17 juin, à la "libération rapide" de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix, une démarche exceptionnelle de l'Association vis-à-vis de l'un de ses membres.
Dans un communiqué final publié à l'issue de deux jours de discussions annuelles, l'Asean explique qu'elle "attend avec impatience la levée des restrictions à l'encontre d'Aun San Suu Kyi et des membres" de son parti et "accueille favorablement les assurances fournies par la Birmanie, selon laquelle les mesures prises (contre l'opposition) étaient temporaires" .
L'opposante est maintenue au secret par le gouvernement militaire - officiellement "pour sa protection" - depuis des violences meurtrières survenues le 30 mai, lorsque son convoi est tombé dans une embuscade tendue par des éléments du régime dans le nord de la Birmanie.
L'Asean, sous fortes pressions occidentales et particulièrement américaines, n'a jamais auparavant fait publiquement de commentaires sur la situation intérieure d'un de ses membres, au nom du sacro-saint principe de non-ingérence. Cette fois-ci, l'Association "appelle instamment la Birmanie à reprendre ses efforts en vue de la réconciliation nationale et le dialogue entre les parties concernées en vue d'une transition pacifique vers la démocratie" .

ARRIVÉE PROCHAINE DE COLIN POWELL
L'Asean a très nettement durci sa position depuis lundi : un projet initial de communiqué faisait simplement état de la "reconnaissance" de l'Asean sur les informations fournies par le ministre des affaires étrangères, Win Aung, concernant "l'incident" du 30 mai. Mais le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, qui doit prendre part, mercredi, à Phnom Penh à des discussions du Forum régional de l'Asean (FRA), avait averti qu'il ferait pression pour qu'elle agisse fermement sur Rangoun.
L'arrestation à la fin mai de M me Suu Kyi et de l'état-major de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a suscité une vague d'indignation dans le monde. Les Etats-Unis ont pris la tête d'un mouvement de protestation et menacé de durcir notablement les sanctions contre Rangoun.
L'Asean, qui regroupe, outre la Birmanie, Brunei, le Cambodge, l'Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam, a également abordé la question de la lutte antiterroriste lors de sa réunion annuelle. Le terrorisme doit être une préoccupation essentielle des réunions du FRA, qui regroupe, outre l'Asean, les grandes puissances mondiales : Etats-Unis, Union européenne, Russie, Chine. Les Dix de l'Asean et les Etats-Unis devraient approuver un plan antiterroriste en cinq points impliquant une aide américaine à la sécurité des mouvements de bateaux dans le détroit de Malacca et un partage de l'information. Le détroit de Malacca, entre la Malaisie, l'Indonésie et Singapour, est le théâtre de nombreux actes de piraterie maritime, et les experts en sécurité ont mis en garde contre les risques de détournements de bâtiments, comme des pétroliers, par des terroristes.
Depuis l'attentat qui a fait 202 morts à Bali en octobre 2002, des dizaines de membres de la Jemaah Islamiyah ont été arrêtés en Malaisie, à Singapour, aux Philippines, en Indonésie, et récemment au Cambodge, comme en Thaïlande.
Avec AFP