La Prix Nobel
de la paix "ne semble pas avoir été blessée",
estime Razali Ismail, l'émissaire de l'ONU, qui a pu rencontrer
l'opposante, arrêtée depuis le 30 mai.
La dirigeante de l'opposition birmane Aung San Suu Kyi "ne semble
pas avoir été blessée" et "va bien"
, a affirmé, mardi 10 juin, l'envoyé spécial
de l'ONU, Razali Ismail, après avoir été autorisé
par la junte à rencontrer la Prix Nobel de la paix. "Elle
ne semble pas avoir été blessée" , a indiqué
l'émissaire à la presse avant de quitter Rangoun, "elle
va bien et a le moral" . M. Razali n'a pas voulu dévoiler
l'endroit où il avait été amené pour rencontrer
M me Suu Kyi, après avoir reçu l'autorisation de la
voir quelques heures seulement avant de quitter la Birmanie à
l'issue d'une visite de cinq jours.
L'opposante avait été arrêtée et détenue
au secret après des affrontements meurtriers le 30 mai entre
ses sympathisants et des éléments pro-régime
dans le nord de la Birmanie, où elle effectuait une tournée
politique. Elle n'a pas été vue en public depuis, et
diverses sources s'accordaient à dire qu'elle avait été
blessée lors des heurts.
L'envoyé spécial, qui tentait sans relâche d'obtenir
l'autorisation de voir M me Suu Kyi depuis son arrivée vendredi
à Rangoun, a apparemment eu le feu vert officiel in extremis.
Cette concession des autorités birmanes intervient au lendemain
d'un appel lancé par Washington pour que M. Razali soit autorisé
par la junte à voir l'opposante et des menaces renouvelées
d'un durcissement des sanctions américaines contre la Birmanie.
M. Razali lui-même a dit avoir insisté auprès
des responsables birmans sur le fait qu'il représente l'ONU,
alors que l'arrestation de M me Suu Kyi a soulevé une avalanche
de protestations dans le monde. "Quand je la verrai, je lui parlerai
des préoccupations internationales et des mesures que l'ONU
va commencer à prendre pour demander sa libération immédiate"
, a ajouté l'envoyé spécial du secrétaire
général, Kofi Annan.
L'émissaire avait laissé entendre qu'il écourterait
sa visite s'il n'obtenait pas satisfaction sur une rencontre avec
l'opposante, qu'il connaît bien pour avoir effectué déjà
neuf missions en Birmanie et joué le rôle de "facilitateur
de dialogue" entre celle-ci et les généraux.
EMBUSCADE
Les heurts très violents survenus dans le nord du pays auraient
fait des dizaines de morts, mais seulement quatre selon la junte,
qui en a attribué l'entière responsabilité à
l'opposition et à son comportement "antidémocratique".
Mais les témoignages recueillis par la dissidence en exil se
sont multipliés ces derniers jours et concordaient sur une
embuscade montée par des éléments pro-junte contre
le convoi de M me Suu Kyi, qui effectuait une tournée politique
dans le Nord avec les sympathisants de son parti, la Ligue nationale
pour la démocratie (LND).
Des diplomates de l'ambassade des Etats-Unis à Rangoun qui
se sont rendus sur les lieux la semaine dernière ont conclu
eux aussi à une "embuscade" montée par "des
voyous à la solde du gouvernement".
La ré-arrestation de M me Suu Kyi, libre depuis seulement un
an après la deuxième période d'assignation à
résidence de sa vie, a provoqué l'indignation dans de
nombreux pays, d'où ont été lancés des
appels à sa libération immédiate ainsi qu'à
celle des autres dirigeants de la LND.
Les autres membres dirigeants du principal parti d'opposition ont
tous été placés en résidence surveillée
à Rangoun, sauf son vice-président, Tin Oo, 76 ans,
que la rumeur avait donné pour mort, et qui était, selon
la junte, détenu dans une prison de la région de Sagaing,
proche du théâtre des violences du 30 mai.
Avec AFP |