Trois nouveaux avocats
ont rejoint leur défense.
Celle-ci plaide pour que la Cour de cassation se retourne une nouvelle
fois vers la Cour d'arbitrage.
Le 25 avril 2002, quatre réfugiés birmans ont déposé, à Bruxelles,
une plainte avec constitution de partie civile contre la société TotalFinaElf,
contre Thierry Desmarest, son PDG, et contre Hervé Madéo,
responsable de Total Birmanie de 1992 à 1999. Cette plainte
a été déposée sur la base de la loi
de compétence universelle.
Les plaignants reprochent à la compagnie pétrolière
et à son PDG d'avoir apporté un soutien aux militaires
de la junte birmane responsables, à leurs yeux, de nombreuses
exactions.
La loi de compétence universelle a été modifiée
le 5 août 2003. Le nouveau texte prévoit que, pour
des instructions ouvertes avant le 5 août concernant des
faits commis hors Belgique, la Cour de cassation doit dessaisir
les juridictions belges, après avis du parquet fédéral
et du parquet général. Exception: les instructions
peuvent se poursuivre si le dossier présente des critères
de rattachement parmi lesquels le fait que le plaignant soit de
nationalité belge.
Cour d'arbitrage
Saisie du dossier birman, la Cour avait décidé,
le 5 mai 2004, d'interroger la Cour d'arbitrage pour lui demander
s'il n'était pas illégal de priver un réfugié reconnu
et résidant en Belgique d'un recours qu'il avait valablement
introduit devant une juridiction belge. En effet, un des quatre
plaignants est un réfugié politique reconnu en Belgique.
Il est même en voie de naturalisation.
En avril 2005, la Cour d'arbitrage a confirmé, qu'en application
de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme, un ressortissant étranger
ayant obtenu le statut de réfugié politique dans
un pays signataire de la Convention devait pouvoir disposer du
même accès à la Justice qu'un «national».
Dans ces conditions, l'instruction à charge de Total et
de ses dirigeants aurait dû reprendre son cours.
Cependant, il y a quelques jours, alors que la Cour de cassation
reprenait l'examen du dossier, l'avocat général Raymond
Loop créait la surprise en concluant au dessaisissement
des juridictions belges. Me Kirkpatrick, conseil de Total Fina
Elf, avait considéré que si la Cour d'arbitrage a
fait apparaître une lacune dans la législation, le
pouvoir judiciaire n'en avait pas pour autant le pouvoir de légiférer
et que la loi de 2003 devait être appliquée telle
quelle. M. Loop s'est rallié à cette interprétation,
après avoir d'abord considéré que l'instruction
devait se poursuivre.
Lundi, les conseils des plaignants, rejoints entre-temps, par
Mes Marc Uyttendaele, Laurent Kennes et Sylvie Saroléa,
ont demandé, à titre principal, à la Cour
de cassation de retourner devant la Cour d'arbitrage et de lui
poser deux questions. L'une lui demandant si l'arrêt de la
Cour d'arbitrage lie ou non la Cour de cassation, à laquelle
la Cour a clairement fait savoir que la Convention de Genève
est directement applicable en droit interne et qu'elle assimile
tout aussi clairement un réfugié à un national
s'agissant de l'accès à la justice. L'autre lui demandant
de trancher au sujet du caractère clair et précis
de la loi du 5 août 2003 (principe de légalité)
que conteste la défense de Total. A titre subsidiaire, les
conseils des plaignants ont demandé à la Cour suprême
de décider de la continuation des poursuites. On saura,
mercredi, ce que celle-ci a décidé. |