Presse francophone  
Documents  
Sur Internet  
Livres  



La Libre.be - 13 juillet 2003
M.F.C. (avec Belga, AFP et Reuters)
Droits de l'homme:
La mort de la compétence universelle
   
Le nouveau gouvernement a adopté samedi soir un avant-projet de loi abrogeant la loi de compétence universelle. Jérusalem s'en félicite.
La plupart de la trentaine d'actions en cours seront suspendues.
"Je crois que nous avons définitivement réglé ce problème", a déclaré, satisfait, le Premier ministre Guy Verhofstadt, quelques heures à peine après que le roi Albert II eut investi le nouveau gouvernement. C'est en effet la première tâche à laquelle s'est attelé le nouveau cabinet, dès samedi soir: détricoter la «loi de compétence universelle».
Déboires diplomatiques
Cette dernière, adoptée en 1993 et mise à jour en 1999, mettait la législation belge en conformité avec les Conventions de Genève réprimant le génocide, les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre. Elle permettait aux tribunaux belges de poursuivre les auteurs présumés de ces types de crimes, même s'ils avaient été commis hors de Belgique, par des non Belges et contre des non Belges.
La loi a cependant apporté de nombreux déboires à la diplomatie belge. Louis Michel, qui vient d'être reconduit dans ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, ne cachait pas qu'elle le gênait. Une plainte contre Abdoulaye Yerodia, l'ex-directeur de cabinet de feu le président congolais, Laurent Kabila, avait quelque peu aigri ses relations avec Kinshasa. Celle déposée contre Ariel Sharon avait valu à la Belgique le rappel de l'ambassadeur d'Israël. Enfin - surtout - celle déposée contre les Américains George Bush père, le général Norman Schwarzkopf et les actuels secrétaire d'Etat Colin Powell, et vice-président Dick Cheney, en relation avec des bombardements américains pendant la guerre du Golfe de 1991, vaudront à Bruxelles la menace de voir l'OTAN déplacé de la capitale belge.
Le nouveau gouvernement a donc adopté samedi soir un avant-projet de loi qui abroge la loi controversée et intègre dans le droit commun celles de ses dispositions existant dans les pays voisins, desquels nous ne differerons donc plus en la matière.
Désormais, plainte ne pourra être déposée en Belgique, avec constitution de partie civile (ce qui entraîne l'ouverture d'une enquête) pour crimes de génocide, contre l'humanité ou de guerre que si l'auteur présumé des faits est belge ou résident en Belgique. Si c'est la victime qui est belge ou réside habituellement en Belgique depuis au moins trois ans au moment des faits, plainte pourra être déposée, mais sans constitution de partie civile, ce qui supprime l'automaticité de l'ouverture d'enquête: c'est le procureur fédéral qui décidera. Et il le fera en tenant compte des traités auxquels adhère la Belgique.

Affaires suspendues
La version définitive de cet avant-projet de loi sera approuvé samedi prochain, après avis du Conseil d'Etat. Le gouvernement violet espère qu'elle pourra être votée avant les vacances parlementaires, qui commencent le 1er août.
Une fois votée, cette loi entraînera la suspension de toutes les affaires en cours sur base de la loi «de compétence universelle» - sauf celles où il existe un clair lien de rattachement à la Balgique. C'est, selon le Premier ministre, le cas d'actions concernant des faits qui se sont déroulés au Rwanda, au Tchad et au Guatemala, dans lesquels des victimes étaient belges, voire une affaire contre Fidel Castro, selon un avocat de partie civile.
Jérusalem s'est félicitée de la future abrogation d'une «aberration juridique»."