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| Liberation
- 12 décembre 2003 |
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Travail
forcé : témoins à charge contre Total
Deux soldats birmans réfutent le rapport de Kouchner. |
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Par ETRANGER SERVICE
vendredi 12 décembre 2003
«L'armée birmane envoyait et commandait les travailleurs
sous la responsabilité de Total.»
Un soldat birman anonyme
L'entreprise Total fait l'objet d'une plainte déposée
en 2002 devant le tribunal de Nanterre par six Birmans. Affirmant
avoir été recrutés pour effectuer du travail
forcé au profit du géant pétrolier au milieu
des années 90, ils sont actuellement réfugiés
dans un pays d'Asie du Sud-Est. Leurs avocats ne veulent pas dévoiler
leurs identités en raison des risques de représailles
qu'ils pourraient encourir. Le crime de «travail forcé»
n'existant pas en droit français, Total est formellement assigné
en justice pour «crime de séquestration». Il n'est
pas possible de faire état des dépositions des plaignants,
qui font partie de l'acte d'instruction, sans en violer le secret.
En revanche, Libération s'est procuré deux des témoignages
versés à la procédure, produits par des soldats
birmans, non identifiés afin de les protéger. Ils réfutent
le rapport de Bernard Kouchner blanchissant les activités de
Total en Birmanie
Extraits.
Soldat X : «Aujourd'hui, 16 novembre 2002, je tiens à
vous faire part de mon témoignage dont les détails sont
décrits ci-dessous. En avril 1994, mon bataillon a quitté
la région de Tavoy, où nous étions basés,
pour le village de Ka Lein Aung. Nous avions reçu l'ordre de
notre commandant, le lieutenant colonel Than Win, de nous occuper
de la compagnie Total. Nous nous sommes préparés pour
le voyage et avons réquisitionné 150 travailleurs forcés.
(...) Nous avons fait travailler les ouvriers pour la construction
d'une piste d'atterrissage. (...) Parmi les travailleurs forcés
de la piste qui étaient malades, deux sont morts. Total ne
procurait ni médecin, ni soin, ni médicament. Un responsable
de Total indiquait à notre commandant, sur une carte de la
région, où devaient se rendre les travailleurs.
(...) Quand nous avons terminé notre travail, les officiers
de la société Total ont pris des photos de notre travail
à partir de l'hélicoptère. (...) Entre la société
Total et l'armée existaient des liens solides. L'armée
envoyait et commandait les travailleurs sous la responsabilité
de Total.»
Soldat Y : «Témoignage recueilli le 15 mars 2003. J'ai
été transféré au village de Ya-Pu, en
novembre 1996, après avoir intégré le bataillon
402 et été posté entre les villages de Ya-Pu
et Nat-Eing-Taung (frontière birmano-thaïe) en tant que
chargé de la sécurité du gazoduc de Total. A
cette époque, nous avons ordonné à dix habitants
de chaque village du district de Ye-Phyu de travailler de force à
la construction du site de Total sur ordre du commandant Aung Sein.
Chaque bataillon était responsable d'un tronçon de 5
kilomètres. Les villageois travaillaient au débroussaillage
et au creusement d'une tranchée pour le gazoduc. Quelquefois,
les villageois étaient battus et insultés par les soldats.
Parfois, des employés étrangers visitaient le site de
construction et s'entretenaient avec le chef du bataillon. J'ai aussi
appris par certains de mes amis que mon commandant recevait de l'argent
(pots-de-vin) de la part d'étrangers.» |
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