La Belgique doit-elle
appliquer une loi
anticonstitutionnelle ? En répondant affirmativement,
la Cour de cassation enterrera l'affaire Total. Un non
autoriserait la poursuite de l'instruction...
Si la question semble empreinte d'un caractère
oratoire, la lumière de la plus haute juridiction du
royaume en révèle la profondeur juridique. Voici
une
dizaine de jours, les défenseurs du pétrolier français
ont d'ailleurs convaincu l'avocat général de se
rallier à leurs vues et, partant, de demander un
dessaisissement de la justice belge. Leurs arguments ?
La Cour de cassation est obligée d'appliquer une loi
anticonstitutionnelle car il n'appartient pas au
pouvoir judiciaire de combler une lacune législative.
Le premier étage du palais de justice de Bruxelles
attendait, ce lundi, la réplique.
Une démonstration orchestrée par Marc Uyttendaele
qui
a rejoint, la semaine dernière, les défenseurs des
plaignants birmans. Saluant "l'emballage juridique
parfait" de "ses estimés contradicteurs",
le
constitutionnaliste s'est principalement référé à
l'article 28 de la loi spéciale du 6 janvier 1989 qui
prévoit qu'une juridiction posant une question
préjudicielle à la Cour d'arbitrage est tenue de
se
conformer à l'avis du gardien de la Constitution...
Flash-back. En 2002, quatre Birmans introduisent une
plainte contre Total et ses dirigeants. Objet :
complicité de crimes contre l'humanité. Victimes
de la
junte au pouvoir à Rangoon, les plaignants estiment
que le pétrolier a apporté un soutien moral, financier
et logistique aux bataillons birmans, responsables,
selon eux, d'actes de travail forcé lors de la
construction d'un gazoduc - que Total continue
d'exploiter.
Ladite plainte se basait sur la loi de compétence
universelle. En 2003, celle-ci était modifiée.
Conséquence : la plainte devait être relue à la
lueur
de cette modification. Un exercice confié à la Cour
de
cassation.
Les plaignants doivent être de nationalité belge,
y
requérait l'avocat général tandis que les
défenseurs
des Birmans agitaient la convention de Genève : Tout
réfugié jouira du même traitement qu'un ressortissant
en ce qui concerne l'accès aux tribunaux. Consultée,
la Cour d'arbitrage donnait raison aux plaignants.
Marc Uyttendaele a donc invité la Cour de cassation à
respecter l'article 28, voire, afin de " purger le
débat " juridique, à interroger une nouvelle
fois la
Cour d'arbitrage. Un arrêt (de la Cour d'arbitrage,
NDLR) ne suffit pas ; il faut une loi, a encore
rétorqué John Kirkpatrick, ténor de la Cour
suprême
engagé par Total. Même anticonstitutionnelle ? Réponse
mercredi, à 18 heures. |