L'instruction
de l'affaire Total va reprendre. La Cour d'arbitrage a donné
raison aux parties civiles qui, en 2002, avaient déposé plainte
contre le
géant français pour crimes contre l'humanité et
complicité de tels crimes en
Birmanie.
La Cour d'arbitrage a approuvé le raisonnement de quatre plaignants
birmans
qui avaient introduit une plainte contre Total et deux de ses responsables
pour "crimes contre l'humanité et complicité des
crimes contre l'humanité
commis en Birmanie". Cela signifie que l'instruction de l'affaire
va
reprendre, a expliqué Gaëtan Vanloqueren, porte-parole
d'Actions Birmanie.
La Cour d'arbitrage a jugé discriminatoire et donc contraire à la
Constitution belge de priver un réfugié reconnu
et résident en Belgique d'un
recours qu'il avait valablement introduit devant les juridictions
belges.
L'affaire va revenir devant la Cour de cassation qui avait posé une
question
préjudicielle à la Cour d'arbitrage. L'instruction
va pouvoir reprendre là
où elle s'est arrêtée, a déclaré Alexis
Deswaef, l'un des trois avocats des
quatre ressortissants birmans.
La Convention de Genève prévoit, dans son article
16, qu'un ressortissant
étranger ayant obtenu le statut de réfugié politique
dans un pays signataire
doit pouvoir disposer du même accès à la justice
qu'un ressortissant de ce
pays.
Trois ans de combat
L'arrêt rendu par la Cour d'arbitrage confirme cet article
de la Convention
de Genève puisque l'un des quatre réfugiés
qui a introduit la plainte est un
réfugié reconnu par la Belgique. Il est par ailleurs
en voie de
naturalisation, ont précisé les avocats des quatre
plaignants. Depuis le
début, nous sommes persuadés que seul un problème
de procédure empêcherait
cette affaire d'aboutir devant la Cour d'assises, a expliqué Me
Deswaef.
Pour Dan Van Raemdonck, président de la Ligue des droits
de l'Homme, il
s'agit incontestablement d'une victoire. Il est important de constater
qu'une loi votée en catastrophe au début de cette
législature a reçu deux
'arrêts gifles' de la part de la Cour d'arbitrage en moins
d'un mois, a-t-il
fait savoir alors que la cour venait de rendre son arrêt.
La plainte introduite contre Total par quatre réfugiés
birmans date du 25
avril 2002. A cette date, ils ont tous les quatre déposé une
plainte avec
constitution de partie civile contre X, la société Total
et Thierry Desmaret
(sur la photo), directeur de Total Exploration Production de juillet
1989 à
1995 et Hervé Madeo, qui a dirigé Total Birmanie
de 1992 à 1999. Chacun des
quatre plaignants a été victime en Birmanie de violation
des droits de
l'Homme.
Total a aidé la junte birmane
Selon Actions Birmanie, une enquête tend à démontrer
que la compagnie
pétrolière aurait assuré un soutien logistique
et militaire aux nombreux
bataillons chargés d'assurer la sécurité d'un
gazoduc de Total. Toujours
selon Actions Birmanie, l'entreprise n'ignorait pas que ces bataillons
sont
coutumiers du travail forcé.
Le 5 août 2003, le législateur belge abrogeait la
loi dite de compétence
universelle sur laquelle reposait partiellement la plainte et lui
substituait une nouvelle loi relative aux infractions graves du
droit
humanitaire. Celle-ci prévoit que toutes les plaintes déposées
depuis dix
ans devront être examinées par la Cour de cassation
et que seules celles
conformes aux nouvaux critères de la loi du 5 août
2003 seraient maintenues
à l'instruction.
(D'après Belga) |