Presse francophone  
Documents  
Sur Internet  
Livres  



Le Soir
05 avril 2004
PHILIPPE REGNIER
Union européenne « La Commission ménage la junte militaire »
Les démocrates birmans boycottés ?
   
Des partisans du Prix Nobel de la Paix birman Aung San Suu Kyi manifestaient lundi à Manille. D’autres protesteront contre la Commission européenne ce mardi à Bruxelles.
Photo AP.

La Commission européenne, trop conciliante avec la junte militaire au pouvoir en Birmanie ? C’est la conviction des sympathisants des démocrates birmans, partagée par les syndicats internationaux basés à Bruxelles, qui protestent ce mardi matin devant les bâtiments européens de la capitale. En cause : l’organisation, par la Commission, d’une conférence intitulée « Journée Birmanie 2005 », dont les orateurs et participants, triés sur le volet, seraient pour la plupart des opposants à toute sanction à l’encontre de Rangoon. Ce panel déséquilibré fait craindre aux manifestants un changement de politique de l’Union européenne envers la Birmanie.

Aucun des démocrates birmans en exil en Europe, partisans de sanctions économiques contre le régime militaire, n’a été invité et des ONG comme nous ont été refusées, dénonce Gaëtan Vanloqueren, porte-parole d’Actions Birmanie.

Cette association s’était notamment fait connaître pour sa campagne contre les activités du groupe pétrolier franco-belge Total en Birmanie, premier investisseur étranger dans le pays. La conférence était censée chercher les moyens d’acheminer une aide humanitaire à la population birmane tout en renforçant la société civile locale. Mais cet objectif noble a été détourné, ajoute-t-il.

La conférence verra en effet la présentation d’un « rapport indépendant » présenté à la Commission par deux experts. L’un d’eux, Robert Taylor, de l’Institut des études asiatiques (Singapour), est « bien connu comme apologiste du régime militaire birman », ont écrit Actions Birmanie et les Confédérations internationale et européenne des syndicats à la commissaire européenne en charge des Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, en déplacement ce mardi à Barhein. Selon ce courrier, Taylor considère désormais comme négligeable la victoire de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) aux élections de 1990, le parti du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, toujours assignée à résidence.

Les protestataires reprochent à la Commission – qui était sans réaction, hier – d’organiser la conférence de la même façon que la junte birmane a convoqué une « convention nationale »… sans l’opposition. Cette initiative censée mener Rangoon sur la voie de la démocratisation avait été condamnée par l’ONU et nombre de capitales occidentales, Washington qualifiant la Birmanie d’avant-poste de la tyrannie.

Nous craignons qu’à la lumière de la conférence, la Commission ne recommande une position plus « soft » aux Etats membres de l’Union, dit-on à la CISL (Confédération internationale des syndicats libres) – invitée à assister à la conférence. Pourquoi publier un rapport qui plaide en faveur de la levée de sanctions déjà faibles ?, interroge Actions Birmanie. Cela ressemble furieusement à du lobby pour l’« engagement constructif ».

Ce « concept », écrivaient dans une « Carte blanche » (« Le Soir » du 29 mars), la CISL, Actions Birmanie et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, voudrait que le développement économique contribue automatiquement à l’avènement de la démocratie dans les pays les plus fermés. Mais il sert en réalité de prétexte pour excuser le veto français et l’inaction européenne à l’adoption de sanctions économiques.

L’Union doit renouveler à la fin du mois sa « position commune » sur la Birmanie. En octobre, les ministres européens avaient pour la première fois adopté des sanctions d’ordre économique, en publiant une liste d’entreprises d’Etat birmanes avec lesquelles les Européens ne pouvaient entretenir de liens. Une liste hypocrite, conteste toutefois Gaëtan Vanloqueren : elle exemptait les quatre secteurs clés pour la junte, adepte du travail forcé : pétrole, gaz, bois et minerais.•