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Des partisans du
Prix Nobel de la
Paix birman
Aung San Suu
Kyi manifestaient
lundi à Manille.
D’autres
protesteront contre
la Commission
européenne
ce mardi à Bruxelles.
Photo AP. |
La Commission européenne,
trop conciliante avec la junte
militaire au pouvoir en
Birmanie ? C’est la conviction
des sympathisants des démocrates
birmans, partagée par les syndicats
internationaux basés à Bruxelles,
qui protestent ce mardi
matin devant les bâtiments européens
de la capitale. En cause :
l’organisation, par la Commission,
d’une conférence intitulée
« Journée Birmanie 2005 », dont
les orateurs et participants, triés
sur le volet, seraient pour la plupart
des opposants à toute sanction
à l’encontre de Rangoon. Ce
panel déséquilibré fait craindre
aux manifestants un changement
de politique de l’Union européenne
envers la Birmanie.
Aucun des démocrates birmans
en exil en Europe, partisans de
sanctions économiques contre le
régime militaire, n’a été invité et
des ONG comme nous ont été refusées,
dénonce Gaëtan Vanloqueren,
porte-parole d’Actions Birmanie.
Cette association s’était
notamment fait connaître pour
sa campagne contre les activités
du groupe pétrolier franco-belge
Total en Birmanie, premier investisseur
étranger dans le pays. La
conférence était censée chercher les
moyens d’acheminer une aide humanitaire
à la population birmane
tout en renforçant la société civile
locale. Mais cet objectif noble a
été détourné, ajoute-t-il.
La conférence verra en effet la
présentation d’un « rapport indépendant
» présenté à la Commission
par deux experts. L’un d’eux,
Robert Taylor, de l’Institut des
études asiatiques (Singapour),
est « bien connu comme apologiste
du régime militaire birman »,
ont écrit Actions Birmanie et les
Confédérations internationale et
européenne des syndicats à la
commissaire européenne en charge
des Relations extérieures,
Benita Ferrero-Waldner, en déplacement
ce mardi à Barhein. Selon
ce courrier, Taylor considère
désormais comme négligeable la
victoire de la Ligue nationale
pour la démocratie (LND) aux
élections de 1990, le parti du prix
Nobel de la paix Aung San Suu
Kyi, toujours assignée à résidence.
Les protestataires reprochent
à la Commission – qui était sans
réaction, hier – d’organiser la
conférence de la même façon que
la junte birmane a convoqué une
« convention nationale »… sans
l’opposition. Cette initiative censée
mener Rangoon sur la voie de
la démocratisation avait été condamnée
par l’ONU et nombre de
capitales occidentales, Washington
qualifiant la Birmanie
d’avant-poste de la tyrannie.
Nous craignons qu’à la lumière
de la conférence, la Commission ne
recommande une position plus
« soft » aux Etats membres de
l’Union, dit-on à la CISL (Confédération
internationale des syndicats
libres) – invitée à assister à la
conférence. Pourquoi publier un
rapport qui plaide en faveur de la
levée de sanctions déjà faibles ?, interroge
Actions Birmanie. Cela
ressemble furieusement à du lobby
pour l’« engagement constructif ».
Ce « concept », écrivaient dans
une « Carte blanche » (« Le Soir »
du 29 mars), la CISL, Actions Birmanie
et la Fédération internationale
des ligues des droits de
l’homme, voudrait que le développement
économique contribue automatiquement
à l’avènement de
la démocratie dans les pays les plus
fermés. Mais il sert en réalité de
prétexte pour excuser le veto français
et l’inaction européenne à
l’adoption de sanctions économiques.
L’Union doit renouveler à la fin
du mois sa « position commune »
sur la Birmanie. En octobre, les
ministres européens avaient
pour la première fois adopté des
sanctions d’ordre économique,
en publiant une liste d’entreprises
d’Etat birmanes avec lesquelles
les Européens ne pouvaient
entretenir de liens. Une liste hypocrite,
conteste toutefois Gaëtan
Vanloqueren : elle exemptait les
quatre secteurs clés pour la junte,
adepte du travail forcé : pétrole,
gaz, bois et minerais.•
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