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Le Courrier International
Traduction d'un article de "The Irrawaddy", Chiangmai
Du 20 au 26 janvier 2005
Ostracisme antibirman après le raz-de-marée    

Arrestations, campagnes de presse... On ne compte plus les actes malveillants contre les Birmans. Une dérive qui inquiète les défenseurs des droits de l'homme.


Dans le sillage du Tsunami, on a loué la Thaïlande pour l'aide qu'elle a offerte aux victimes, tant locales qu'étrangères. Son nam jai (générosité) lui a valu des félicitations, mais, depuis, d'inquiétantes nouvelles circulent en provenance de la zone de la catastrophe, sur la côte sud-ouest du pays. Les travailleurs émigrés birmans y seraient traités comme des criminels. Les associations de défense des droits de l'homme qui observent ce qui se passe dans le Sud, tant thaïlandaises que birmanes, affirment que ces travailleurs, privés de tout par la catastrophe, ne bénéficient de presqu'aucune aide et sont parfois, en outre, harcelés par les autorités.

Face à ces accusations, les responsables thaïlandais de l'immigration et de la police répondent que des ressortissants birmans se sont livrés au pillage dans les régions touchées par le désastre, et qu'une intervention des forces de l'ordre contre les Birmans est donc appropriée. Un groupe birman de défense des droits de l'homme, Human Rights Education of Burma (HREIB), a récemment publié un rapport selon lequel "les autorité locales ont à plusieurs reprises utilisé ce prétexte pour justifier l'arrestation de travailleurs immigrés birmans".

Les quelque 60.000 Birmans officiellement enregistrés et autorisés à travailler dans les six provinces maritimes de la Thaïlande étaient, pour la plupart, employés sur des bateaux de pêche, dans l'agriculture, le bâtiment et le tourisme. Un nombre inconnu de clandestins étaient aussi employés dans ces régions. Beaucoup de ceux qui disposent d'une autorisation officielle ont perdu leurs papiers dans le tsunami et n'ont plus aucune preuve de la légalité de leur statut. On leur refuse donc systématiquement toute aide.

La répression officielle a été renforcée après la parution d'articles irresponsables dans la presse de Bangkok. Le 8 janvier, Khao Sod, quotidien à grand tirage en langue thaïe, diffusait un article hystérique sur les pillard birmans. Le titre comportait le mot "maung", terme péjoratif désignant les Birmans en taï. Khao Sod assurait que la police avait mis en place une unité spéciale chargée d'arrêter les voleurs birmans écumant la région de Khao Lak, et que 500 Birmans avaient été transférés dans un centre de détention à Ranong. Plus inquiétant encore, Sorrayuth Suthasanajinda, célèbre commentateur politique thaïlandais, se livrait à des commentaires du même accabit au sujet des pillards dans son émission de Channel 9.

Il se peut, bien-sûr, que quelques birmans aient commis des délits, mais on signale aussi que des actes de pillages ont été commis par des Thaïlandais. Malheureusement, rares sont les médias qui s'intéressent aux malheurs des victimes birmanes. Pour se relever du drame, la Thaïlande aura de nouveau besoin de ces travailleurs, main-d'oeuvre bon marché indispensableaux travaux de reconstruction. Il n'est pas question de jeter l'opprobe sur les Thaïlandais à propos de leur comportement vis à vis des ressortissants étrangers après la catastrophe, mais, dans le cas des travailleurs birmans, le nam jai est loin d'avoir été à la hauteur, surtout de la part des autorités et de certains médias.