Arrestations, campagnes de presse...
On ne compte plus les actes malveillants contre les Birmans. Une
dérive qui inquiète les défenseurs des droits de l'homme.
Dans le sillage du Tsunami, on a loué la Thaïlande
pour l'aide qu'elle a offerte aux victimes, tant locales qu'étrangères.
Son
nam jai (générosité) lui a valu des
félicitations, mais, depuis,
d'inquiétantes nouvelles circulent en provenance de la zone
de la catastrophe, sur la côte sud-ouest du pays. Les travailleurs
émigrés birmans y seraient traités comme des criminels. Les associations
de défense des droits de l'homme qui observent ce qui se passe
dans le Sud, tant thaïlandaises que birmanes, affirment que ces
travailleurs, privés de tout par la catastrophe, ne bénéficient
de presqu'aucune aide et sont parfois, en outre, harcelés par les
autorités.
Face à ces accusations, les responsables thaïlandais de l'immigration
et de la police répondent que des ressortissants birmans se sont
livrés au pillage dans les régions touchées par le désastre, et
qu'une intervention des forces de l'ordre contre les Birmans est
donc appropriée. Un groupe birman de défense des droits de l'homme,
Human Rights Education of Burma (HREIB), a récemment publié un
rapport selon lequel "les autorité locales ont à plusieurs reprises
utilisé ce prétexte pour justifier l'arrestation de travailleurs
immigrés birmans".
Les quelque 60.000 Birmans officiellement enregistrés et autorisés
à travailler dans les six provinces maritimes de la Thaïlande étaient,
pour la plupart, employés sur des bateaux de pêche, dans l'agriculture,
le bâtiment et le tourisme. Un nombre inconnu de clandestins étaient
aussi employés dans ces régions. Beaucoup de ceux qui disposent
d'une autorisation officielle ont perdu leurs papiers dans le tsunami
et n'ont plus aucune preuve de la légalité de leur statut. On leur
refuse donc systématiquement toute aide.
La répression officielle a été renforcée après la parution d'articles
irresponsables dans la presse de Bangkok. Le 8 janvier, Khao
Sod,
quotidien à grand tirage en langue thaïe, diffusait un article
hystérique sur les pillard birmans. Le titre comportait le mot
"maung", terme péjoratif désignant les Birmans en taï. Khao
Sod assurait que la police avait mis en place
une unité spéciale chargée d'arrêter les voleurs birmans écumant
la région de Khao Lak, et que 500 Birmans avaient été transférés
dans un centre de détention à Ranong. Plus inquiétant encore, Sorrayuth
Suthasanajinda, célèbre commentateur politique thaïlandais, se
livrait à des commentaires du même accabit au sujet des pillards
dans son émission de Channel 9.
Il se peut, bien-sûr, que quelques birmans aient commis des délits,
mais on signale aussi que des actes de pillages ont été commis
par des Thaïlandais. Malheureusement, rares sont les médias qui
s'intéressent aux malheurs des victimes birmanes. Pour se relever
du drame, la Thaïlande aura de nouveau besoin de ces travailleurs,
main-d'oeuvre bon marché indispensableaux travaux de reconstruction.
Il n'est pas question de jeter l'opprobe sur les Thaïlandais à
propos de leur comportement vis à vis des ressortissants étrangers
après la catastrophe, mais, dans le cas des travailleurs birmans,
le nam jai est loin d'avoir été à la hauteur, surtout de la part
des autorités et de certains médias. |