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AFP
02 05 03
La Birmanie repart en arrière, incertitudes sur la situation de Suu Kyi (ANALYSE)    
BANGKOK/RANGOUN, 1er juin (AFP) - Le laborieux processus politique en Birmanie semble être reparti plusieurs années en arrière et la situation personnelle d'Aung San Suu Kyi est incertaine, estimaient dimanche des experts à Rangoun au lendemain de l'annonce de l'arrestation de la dirigeante de l'opposition.
La junte a annoncé samedi que Mme Suu Kyi et 18 membres de son entourage avaient été "temporairement placés sous la protection des autorités", en prenant prétexte de violents affrontements entre ses sympathisants et des éléments pro-junte qui ont fait quatre morts vendredi, lors d'une longue tournée politique du prix Nobel de la paix dans le nord du pays.
Dimanche, de nouvelles mesures répressives contre la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi, le principal parti d'opposition, ont été annoncées.
Sept membres du Comité exécutif central (CEC), son organe de décision, ont été placés en résidence surveillée à Rangoun. Parmi eux figurent les deux fidèles lieutenants de Mme Suu Kyi, Aung Shwe, président de la LND et U Lwin, porte-parole, dont les domiciles ont été investis par des membres des forces de sécurité.
Les deux autres membres du CEC, Aung San Suu Kyi et Tin Oo, vice-président de la Ligue, se trouvaient toujours officiellement dans le nord de la Birmanie.
Une source gouvernementale a également annoncé que "tous les sièges de la LND dans les grandes villes ont été scellés", soit sept à huit sièges au total. Samedi, la junte avait brutalement fermé le siège de la LND en plein coeur de Rangoun.
"On peut tout craindre" répondait un expert familier de la politique birmane interrogé sur l'impact de ces événements. "Le plus vraisembable est que les activités du parti vont être totalement interdites et bloquées", a-t-il estimé.
Les événements de la fin de semaine semblent ramener la Birmanie plusieurs années en arrière et revenir sur les quelques progrès tangibles engrangés depuis 2000.
Cette année-là , la junte avait accepté d'ouvrir des discussions historiques avec Mme Suu Kyi en vue d'une démocratisation, après une décennie de farouche répression de la LND.
La Ligue --qui avait remporté massivement en 1990 des élections dont les militaires n'ont jamais voulu reconnaître les résultats-- avait pu progressivement rouvrir ses permanences, à la faveur d'un léger dégel politique après la levée de l'assignation à résidence de Mme Suu Kyi en mai 2002. Celle-ci avait effectué une série de déplacements politiques en province productifs pour son parti.
Mais son 8e voyage, dans le nord, aura été plus que les militaires, hantés par le spectre du désordre, ne pouvaient tolérer. "Tout à coup, ils n'ont plus pu supporter sa popularité", a estimé cet expert. Les dernières tournées de Mme Suu Kyi, qui draînent des foules de sympathisants, ont donné lieu à un nombre croissant d'incidents.
La situation personnelle de l'opposante faisait l'objet dimanche de nombreuses spéculations et des informations non confirmées indiquaient qu'elle était déjà en cours de transfert de la région de Sagaing (nord) vers Rangoun.
"Elle est coupée du monde, les possibilités de contact avec elle sont interdites", a indiqué cet expert, selon qui "on serait inquiet à moins".
Mme Suu Kyi, qui a déjà effectué deux périodes d'assignation, pourrait en toute logique être de nouveau placée en résidence surveillée à Rangoun ou voir sa liberté sérieusement restreinte.
"C'est très difficile de savoir ce que (les généraux) ont en tête et pourquoi il font cela, et pourquoi maintenant", déclarait un diplomate.
La nette détérioration du climat politique va encore compliquer la mission de l'émissaire de l'ONU Razali Ismail, censé "faciliter le dialogue" entre les généraux et la LND. Ce dialogue faisait du surplace depuis des mois.
M. Razali, attendu le 6 juin à Rangoun, a décidé de maintenir sa mission: "Je vais en Birmanie", a indiqué dimanche à l'AFP le diplomate malaisien. Si les militaires n'ont pas changé d'avis.